Création de Claude Aymon pour la Wei Dance Company et sa propre compagnie, c2a,

c'est une pièce qui s'articule autour de deux duos mixtes mêlant deux danseurs des deux compagnies :

Une danseuse taïwanaise et un danseur français.

Un danseur taïwanais et une danseuse française.


Elle est inspirée de la Saint-Valentin chinoise,

qui est célébrée le septième jour du septième mois du calendrier lunaire chinois.


Selon la tradition, un jeune bouvier et une fée ont été séparés alors qu'éperdument amoureux.

La pluie est faite de leurs pleurs de ne pas pouvoir vivre ensemble.


Ils ne sont autorisés à se revoir qu'à la Saint-Valentin,

la septième nuit du septième mois.


La pièce s'est créée a à la fois en France et à Taïwan, avec une première taïwanaise en août 2014 et une première française en février 2015.

vendredi 5 décembre 2014

Deux dernières petites histoires à Kaohsiung


Prendre du temps dans un bureau de tabac,
se faire aider à l'aéroport,
mille et une façons de donner à l'autre l'envie de revenir,



Deux petites choses que j’aimerais partager avec vous.

La première se passe dans un bureau de tabac.

Enfin,
pas tout à fait.
Ici, on achète les cigarettes dans les convenient store ou les supermarchés,
mais on associe encore les cigares et les tabacs à pipe aux vins et spiritueux.
J’ai déjà eu l’occasion de vous parler d’Arthur où je suis allé plusieurs fois avec Cheng Wei.
Il y a un autre endroit, similaire mais plus modeste que mon ami a dégotté en ville.
En fait, Cheng Wei fume des cigarettes.
Il a décidé d’acheter une pipe après m’avoir rencontré.
Quand j’ai quitté l’île l’été dernier, il a trouvé ce petit vendeur qui propose une sélection de tabacs dont certains sont locaux.
J’étais allé là-bas tout seul quand j’étais revenu à Noël et j’avais acheté un tabac de sa sélection.

Quand j’étais revenu en avril, j’y étais retourné et avait expliqué au patron ce que j’avais acheté chez lui le Noël précédent et il m’avait répondu « mais pourquoi vous n’êtes pas revenu en rechercher plus tôt ? » …

Dans les derniers jours de mon séjour, j’ai décidé d’y retourner.
Je pouvais y aller sans déranger Cheng Wei, il y a plein de bus qui me déposent devant.

On est le 26 août,
un jour où les nuages m’empêchent d’envisager quoique ce soit de bien au bord de la mer.
Ce jour-là, c’est une dame qui sert.
Elle est assise à une petite table, roulant des cigarettes avec un tabac maison.
Un homme est assis en face d’elle, lui faisant la conversation.
Ils m’accueillent avec le traditionnel « huan ying » - 欢迎 - que l’on entend quand on rentre dans la plupart des commerces ici.
Après ça c’est un peu compliqué au début, car la dame ne connaissait que quelques mots d’anglais,
et je ne savais pas dire en chinois le nom de mon tabac,
mais avec l’aide de son ami, on s’en est sorti.
Je me souvenais du prix, et de l’image sensée nous dissuader d’acheter (obligatoire ici aussi) apposée sur le bocal.
C’était une pomme toute flétrie qui je suppose devait faire référence à la qualité de notre peau.
Il ne nous restait que quelques bocaux possibles et en humant chacun d’eux, j’ai retrouvé mon achat du printemps précédent.

Je remercie de l’accueil et je m’apprête à partir quand la dame me tend une des cigarettes qu’elle vient de rouler .
Je remercie encore et la range soigneusement avec mon tabac.
Elle dit quelque chose à l’homme qui était assis.
Il me regarde avec un sourire et me dit :
« Sit down »

Je prend la place de la dame à la petite table.
Elle m’amene un verre d’eau.
Il me tend un briquet et un cendrier.
Je commence à comprendre.
La cigarette,
il fallait que je la fume ici,
avec eux.

Je m’exécute.
C’est un tabac brun assez fort, mais pas désagréable.
Je préfère le tabac à pipe mais j’apprécie le cadeau.

Je suis resté, là, avec ce couple, le temps d’une cigarette.
J’ai expliqué d’où je venais, (France … ? … Paris … Aaaaah !) et pourquoi j’étais là (dance teacher … oooh ! ok …).
Étonnamment c’est plus le fait que je sois français qui les a étonné que mon métier.
Je suis plus habitué à l’inverse.

La dame m’a demandé comment on disait quelques mots en français.
Bienvenue.
Merci.
Au revoir.

Prendre le temps.
Savourer les choses.
Échanger.

Le tabac que j’ai fumé s’appelle
le baiser d’un ange.

Avant de partir, je les ai chaleureusement remerciés pour ce moment partagé.
J’ai demandé si je pouvais prendre une photo.
Elle m’a dit oui en s’effaçant très vite de derrière le comptoir.

Je les ai remercié une dernière fois.

Au revoir étant très compliqué à dire, je leur ai aussi appris « à bientôt ».


La seconde histoire se déroule à l’aéroport.
Le lundi 8 septembre,
jour du retour en Europe.

Au moment d’enregistrer mon gros sac,
l’hôtesse m’annonce que j’ai dépassé le poids autorisé pour mon bagage en soute.
Il faut que je le vide un peu.
Je transfère dans mes bagages à main des petites choses qui me paraissent lourdes.
Wan Zhu me prête un sac dans lequel je mets le thé et aussi le pied télescopique que j’ai acheté pour mon appareil photo.
On pèse à nouveau le sac.
Ça dépasse encore un peu mais l’hôtesse ferme les yeux.

Je suis prêt à partir.

Avec Cheng Wei, nous sortons à l’entrée partager quelques bouffées du tabac que j’avais acheté où vous savez.
Wan Zhu vient avec nous.
On rit une dernière fois ensemble et puis,
il est temps de se dire au revoir.
Je m’en vais le coeur serré vers le contrôle sécurité.

Là,
problème :
le pied télescopique ne passe pas.
Ses dimensions font qu’il est considéré comme une « arme ».
J’avais eu la même mésaventure avec un bâton de pluie en rentrant d’Afrique du sud mais avec l’émotion du départ j’avais oublié.

Je retourne voir l’hôtesse, je lui explique.
Elle va chercher un contenant pour protéger l’objet en question et revient l’enregistrer.

Et là, second problème :
je n’avais pas droit à un second bagage en soute gratuitement.
Comme le supplément à payer et bien plus cher que le prix du pied télescopique, je dis à l’hôtesse de laisser tomber.
Ça fera un photographe heureux ..

Mais l’hôtesse n’est pas du tout d’accord.
Elle va voir son supérieur.
Ils discutent
Ils me regardent, sourient,
discutent encore,
et je comprends à son regard désolé qu’il ne peut pas faire grand chose.
Je leur dis à nouveau que ça n’est pas grave,
mais ils continuent à parlementer.

Finalement, l’hôtesse revient.
Ils vont refaire monter mon gros sac pour que j’y remette le pied.
Tant pis si ça dépasse un peu plus le poids autorisé …
Je les remercie vivement.
Il y a juste quelques papiers à faire.
Je patiente.

Pendant que les formalités se préparent, je réalise que je n’avais pas changé en euros ce qui me restait de mon salaire.
Je pouvais tout garder pour une prochaine fois,
mais vu que je ne savais pas ce qui m’attendait en Europe (notamment à cause de Pôle Emploi), je préférais avoir de l’argent liquide disponible plutôt que de me servir de ma carte bleue.
Je demande à une hôtesse s’il y a un bureau de change après le contrôle.
Elle me dit que non.
Kaohsiung n’est pas un grand aéroport avec des tas de boutiques en duty free, il n’y a donc pas besoin de bureau de change de l’autre côté.
Je lui demande si je peux aller récupérer mon bagage cabine dans lequel il y a mes sous et qui, du coup, est resté avec les agents de sécurité.
Elle ne me répond pas.
Elle y va.
Je lui cours après en lui disant que je peux le faire et aussi que j’ai trois sacs et qu’elle ne saurait pas quel est le bon.
Trop tard.

Elle revient en me montrant mon légendaire sac de l’armée qu’elle porte péniblement.
Il est tellement lourd.
Je suis tellement désolé.
Je lui explique que celui que je cherche, c’est un petit sac marron.
Elle revient avec avec un grand sourire.
Je la remercie encore et je pars changer mon argent.

Quand je reviens,
les papiers sont prêts.
Je signe tout ce que j’ai à signer et l’hôtesse m’accompagne jusqu’à mon gros sac noir.
Elle me demande si j’ai aimé le pays, ce que je faisais ici.
Je lui dis tout le bien que je pense de Taïwan (et elle ne fait que confirmer tout ça).
Nous voilà devant un agent des douanes.
J’atteste que c’est mon sac.
Je signe un dernier papier.
Je remets le pied télescopique et le sac repart en cabine.

Quand j’avais vécu la même histoire avec le bâton de pluie en rentrant d’Afrique du Sud,
c’était à Londres.
et ça ne s’était pas du tout passé comme ça …

Taïwan …
Encore

Et toujours,
comme à chaque vol,
ces techniciens qui nous souhaitent bon voyage depuis le tarmac.
Cette fois-ci, je filme.

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