Création de Claude Aymon pour la Wei Dance Company et sa propre compagnie, c2a,

c'est une pièce qui s'articule autour de deux duos mixtes mêlant deux danseurs des deux compagnies :

Une danseuse taïwanaise et un danseur français.

Un danseur taïwanais et une danseuse française.


Elle est inspirée de la Saint-Valentin chinoise,

qui est célébrée le septième jour du septième mois du calendrier lunaire chinois.


Selon la tradition, un jeune bouvier et une fée ont été séparés alors qu'éperdument amoureux.

La pluie est faite de leurs pleurs de ne pas pouvoir vivre ensemble.


Ils ne sont autorisés à se revoir qu'à la Saint-Valentin,

la septième nuit du septième mois.


La pièce s'est créée a à la fois en France et à Taïwan, avec une première taïwanaise en août 2014 et une première française en février 2015.

jeudi 18 décembre 2014

Rentrer


Des regards, des sourires,
des mots,
et une reprise en douceur,



Le bilan financier mais surtout moral que j'avais à transmettre à l'l'Institut Français à propos du projet me donne l'occasion de me poser un petit peu pour regarder en arrière.

Quatre étés, six voyages.

Depuis le jour où Ya-Chin m'attendait à l'aéroport avec sa main tendue, à aujourd'hui où je n'ai plus besoin que personne ne m'attende,
le plaisir de travailler et de vivre un temps ici est intact.
La mésaventure « miss Lin » n'a pas altéré le bonheur que j'ai à être là dans ce pays expérimentant cette culture toujours étrangère dans laquelle je me fonds peu à peu.

Il reste l'écueil de la langue.
C'est même de plus en plus frustrant.
Notamment par rapport à des amis que j’ai ici,
comme Ally, la prof de classique de laquelle je me sens si proche
ou Fu-Rong, un des danseurs de la compagnie Dancecology.
Ces deux-là ne parlent pas anglais du tout.
Je suis dans leur pays,
c'est à moi de faire l'effort.
Enfin, je devrais …
Il y a bien cette bourse dont m'a parlé Hsiao-Yin qui servirait parait-il à rester quelques temps sur l'île pour y apprendre le mandarin.
Il faudra que je lui en reparle.



J'étais déjà très touché par la lumière du pays et les sons (la langue était déjà riche en la matière).
Je me suis rendu compte que cette fois-ci, j'avais été plus sensible aux odeurs, des choses plus subtiles que le "stinky tofu" qui donne parfois envie de fuir les night markets.
D'autres senteurs de cuisine, de bords de mer ...
Mais aussi, la sueur dans le métro par exemple.
Ici, les gens se parfument peu.
J'ai le souvenir d'un danseur de Dancecology qui m'avait dit l'an dernier à un moment où je remettais du déodorant, que j'en avais déjà mis assez.

Un autre monde.

Du fait de la non maîtrise de la langue mais aussi des codes de communication ici, j’ai toujours été très attentif aux regards,
et je le suis de plus en plus.
Ces yeux qui trahissent les étonnements, les questionnements, ou la reconnaissance que j'ai cru lire parfois.

Je repars de cette île fort de l'amitié naissante entre Cheng Wei, Wan Zhu et moi.
Je garde en moi certaines étreintes de cette danseuse à la fois si extravertie par certains côtés (comparé à d'autres sur l’île) et si pudique sur ces sentiments.
Je me réjouis encore de certaines situations,
comme Élise et Wan Zhu, qui regardent les vidéos de travail ou qui plaisantent me font chaud au coeur.


J'ai peu de photos de Wan Zhu.
Il faudra que j'en fasse plus quand ils viendront ici.

Je sais maintenant que j'ai des attaches solides à Kaohsiung et à Taipei.
Il se passera sûrement de nouvelles choses avec Hsiao-Yin et Dancecology dans le futur,
et bien-sûr, il y a le "here, there will be your new home" lancé par Su Ling l'été précédent.

Ici il y aura ton nouveau chez toi.

Je n’y ai jamais vraiment cru.
Même si, comme je le disais dans l'article précédent, pour la première fois, cette fois-ci Su Ling m'avait fait une proposition presque concrète pour l'été 2015 sans « maybe » (peut-être) sans « we'll see » (on verra), sans « we keep in touch and we talk about this later … » (on reste en contact et on en reparle plus tard).

Les mots,
j’ai la sensation qu’ils ont plus de poids ici.
les « mercis »,
les « reste avec nous »,
les « nous sommes des amis maintenant »,
n’ont pas la même saveur.
D’autant qu’ils sont arrivés après bien des regards, des attentions.
Le « ici, il y aura ton nouveau chez toi » de Su Ling avait résonné étonnamment dans mon esprit :
Richard Martin du théâtre Toursky m'avait dit la même chose alors que je lui présentais mon projet « apporter sa part de soleil » en 2006
sauf que,
je ne suis resté pour ce théâtre qu'un simple spectateur.

Ici, du moins les gens avec lesquels j'ai partagé du temps et du travail, on parle moins à la légère :
« on reste en contact » veut VRAIMENT dire qu'on va rester en contact.

Inversement l'impact de petites phrases que j'ai pu lâcher ici ou là, ont bien plus d'effet ici qu'ailleurs.
Je m'en étais déjà rendu compte dans les cours
par la vitesse à laquelle les stagiaires tentaient de se corriger à partit de mes indications,
ou dans la manière dont les consignes d'atelier pouvaient être appliquées.
Cela m'avait demandé de revoir complètement ma façon de mener mon travail de création lors de mon premier projet :
en France, quand je pars d'un travail d'atelier, je lance souvent une consigne assez large et je précise au fur et à mesure.
Ici, même la consigne la plus large peut être prise au plus près du pied de la lettre.
Il m'a fallu être plus précis dès le démarrage.

Il y avait aussi eu des choses qui sont revenues dans certaines discussions avec Cheng Wei l'été précédent dont il m'a reparlé ces derniers jours,
ou à Taipei,
quand j'avais dit à Hsiao-Yin de laisser les choses venir à elles et de faire parfois plus confiance au destin
(la preuve ! on s'était rencontré et ça n'était pas du tout prévu),
elle m'a dit plusieurs fois depuis,
qu'elle tentait d'appliquer cette petite phrase.
Un peu comme avec Bkenock, son mari de producteur,
comme je vous l'avais dit, la phrase que je lui ai répété le plus souvent l'été dernier était "you work too hard" ,
et un soir, parce qu'il était épuisé après sa journée de travail (8h30-19h30), il avait été assez rude avec Hsiao-Yin.
Même si je n'avais pas la teneur des propos vu qu'il lui parlait en chinois, j'avais trouvé le ton particulièrement cinglant.
Je lui avais dit "Hééé, c'est une fille ! … On ne parle pas comme ça aux filles, et encore moins à la femme qu'on aime".
J'avais lancé ça sur un ton plus ou moins proche de la plaisanterie (même si je n'en pensais pas moins).
Hsiao-Yin m'a dit que depuis mon passage, Bkenock était beaucoup plus délicat avec elle et ils s'efforçaient de prendre des week-ends pour eux-seuls de temps en temps.


Je suis toujours étonné de voir les gens sourire en me reconnaissant,
dans les commerces, les bars,
toujours très touché des « long time no see » que j'ai entendus de gens que je n'ai croisé que quelques fois.
Et puis ce souci du bien être, du fait que je n'ai besoin de rien.
Je ne compte plus
le nombre de fois où Cheng Wei a été désolé que le projet ne se passe pas comme il aurait dû alors qu'il n'y était pour rien,
le nombre de fois où Su Ling m'a demandé si j'étais VRAIMENT bien logé.

Je suis reparti avec cette angoisse de ne plus avoir de raisons professionnelles de revenir,
une angoisse semblable à celle que j'ai eu en arrivant,
je me demandais si ça allait aussi bien que les autres fois.

Le départ avait été un peu moins rude cette fois-ci.
Probablement, parce qu'il y a eu l'échéance du spectacle qui a été une petite fin de voyage,
puis aussi parce que j'ai dit au revoir aux gamins de Tsoying en cours puis la semaine suivante au bureau quand j'étais venu discuter avec Su Ling,
et surtout parce que comme l'avait dit Wan Zhu, ça n'était pas des adieux mais un au revoir
puisqu'on se voyait en France dans un peu plus de cinq mois.
Cheng Wei avait versé sa larme au bar bien avant le dernier jour,
du coup, on avait bien ri (sans vraiment se forcer) le matin de mon départ.

L'arrivée en Europe a été adoucie par le fait que je pouvais partager ma mélancolie avec Élise qui avait vécu la même chose et aussi avec quelques amis qui ont lu tous les articles du blog et me comprenaient (Agnès si tu me lis …).


À Maseille, j'ai fait une rentrée en plusieurs étapes :
d'abord cette nouvelle école à la Ciotat, Backstage PACA, tenue par Caroline Carta, cette jeune prof de classique et son mari (dont je vous ai déjà parlé).
Ils ont un souci de mon bien être qui m'a rappelé Taïwan à bien des égards.
Comme je rencontrais de nouveaux élèves, je m'étais servi de la barre de la fin de saison précédente pour pouvoir situer le niveau global des trois cours que je donne.
J’ai eu une semaine supplémentaire pour retrouver mes anciennes « aficionadas », juste assez pour finir la plupart des musiques et concocter une barre assez originale pour les étonner encore.

Retours aux écoles aux retours d’ascenseurs inattendus …
J’ai mis les pieds avec Backstage, grâce à Nathalie, professeur de danse jazz que j’avais connue plus jeune dans mes stages,
et au Studio Ballet, j’ai une nouvelle élève qui arrive de Valence où Olivier Coste, un collègue jury de concours lui a parlé de moi.

Ça n’est pas si souvent que ce genre de choses se passent ici.

De jolies choses,

et de jolies choses se passeront encore,
j’en suis presque sûr.

Mais plongé dans mon dossier Pôle Emploi, mes dossiers de subvention, il y a une partie de mon coeur qui est resté là-bas.

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