Le typhon s'éloigne,
Ça fait du bien de dormir d'une traite et aussi profondément.
Aujourd'hui, je rencontre un nouveau groupe de gamins de la Kaohsiung Choreography Collection, ils sont plus jeunes que ceux qui participent à la Septième lune.
Ils sont 23 et les plus âgés rentrent au collège.
Nous allons travailler sept jours ensemble au bout desquels on est sensé avoir monté une chorégraphie pour leur spectacle de la saison prochaine.
Je n'aime pas trop cette obligation de résultat,
mais c'est dans le contrat.
Cela brouille les objectifs.
Le spectacle prend souvent le pas sur l'apprentissage et la découverte.
Cela m'a joué des tours plus d'une fois.
J'ai rendu des travaux où les stagiaires avaient exploré tout un tas de choses mais nous n'avions pas souvent eu le temps de rendre la chose spectaculaire.
Il va falloir que je trouve quelque chose à mettre en espace avec assez de contenu pédagogique pour qu'ils découvrent des choses utiles pour la suite …
Et tout ça en ménageant ma jambe …
Après le rituel du matin,
thé, fenêtre,
(il pleut encore mais beaucoup moins)
petit déj'
(les brioches à la confiture sont toujours aussi bonnes),
je pense à ce que je vais faire avec les jeunes.
Ça fait longtemps que je n'ai plus travaillé avec les 10-12 ans …
D'abord, un travail musical .. forcément,
quelque chose avec des qualités de mouvement qu'ils n'ont pas l'habitude d'explorer (avec ce que je sais de Tsoying et de Lingya, j'ai des pistes),
des ateliers bien sûr,
un travail directionnel,
et des phrases de mon cru,
avec ça on doit pouvoir concocter quelque chose.
Je mets en ligne les photos du voyage.
Comme certains amis d'Europe s'inquiètent, je poste aussi une photo du site météo montrant que le typhon est maintenant sur la terre ferme.
Trouver un rythme inhabituel pas trop compliqué.
Un 7 temps fera l'affaire.
Je pars d'une rythmique binaire qui swingue et je crée un accident en fin de mesure.
Une mélodie entêtante à jouer en boucle (pour satisfaire mon côté obsessionnel …).
Maintenant trouver les sons pour jouer tout ça
et bâtir la composition sachant que la durée pour l'instant est aléatoire.
J'ai juste fini à temps pour partir en cours.
Je saute sous la douche à 12h40.
Un short, un tee-shirt, l'ordinateur et le câble dans le sac,
en route.
J'arrive à 13h27 au studio.
Je dis bonjour à la cantonade (comme quoi ne pas avoir à faire la bise est parfois un avantage) et je vais me changer.
Miss Lin envoie une des profs qui l'aide à faire le ménage, taper à la porte du vestiaire pour me dire que les élèves m'attendent.
"they are waiting for you"
Il est effectivement 13h30.
J'aurais aimé qu'elle s'intéresse un peu à ma jambe ou au jetlag mais bon .. il faut que je m'y fasse.
Ils sont tous là rangés sagement.
22 filles, un garçon.
Ils sont intimidés et je les comprends.
et même s'ils ont vu ma photo,
Je leur montre une partie du premier exercice.
Je leur demande si ça va : "Yes ? No ?"
Silence.
Je recommence.
"Yes ? No ?"
j'accompagne le geste à la parole.
J'ai quelques timides "yes"
Je sors du studio ferme la porte vitrée et leur redemande "Yes ? No ?" en criant.
Ils commencent à parler plus fort.
Je recommence jusqu'à obtenir un semblant de clameur.
On peut commencer.
Les visages sont un peu plus détendus.
Je lis dans leurs yeux une sorte de stupeur
"qu'est-ce que c'est que ce bonhomme ?"
On fait un exercice de préchauffement général.
Ils ont l'habitude de retenir assez vite et de faire les exercices seuls,
les profs montrent relativement peu ici.
Ça me permet de voir un peu où ils en sont :
la base classique est là (miss Lin est une prof de danse classique et on sent bien que le socle de l'école est dans ce domaine) mais la danse chinoise leur donne d'autres codes.
Par exemple, ils privilégient l'ouverture à la rotation (les danseurs comprendront !)
Il y a quelque chose à faire dans ce sens.
Il y a aussi la parallèle qu'ils confondent (comme souvent) avec la position naturelle des pieds.
Comme je l'avais prévu, puisque c'était pareil à Lingya,
la fluidité est une qualité de mouvement qu'ils ne connaissent pas vraiment.
Et puis il y a le dos.
Toutes les courbes et peut-être des débuts de spirales sont à découvrir.
Plein du boulot donc,
mais ça me donne des directions pour la suite.
Je concocte une barre courte (pour les non danseurs, je vous rappelle que la barre, c'est l'échauffement, même si ça ne se fait pas forcément accroché à la barre) en fonction de ces données.
En atelier, à travers les corps, on parle vitesse, on compte la musique, on cherche le mouvement continu, le moelleux du plié, le glissé, on marche …
La marche est décidément une des choses les plus compliquées à faire pour les danseurs.
Ils essayent, même s'ils ont du mal à se lancer, notamment dans des propositions personnelles,
mais une fois qu'ils y sont, ils se battent, j'aime bien ça.
Ils sont encore un peu sages à mon goût mais .. je vais bien trouver comment les faire rire un peu plus.
En plus, ma jambe a tenu,
c'est plutôt bon signe.
Miss Lin m'offre un gros paquet de sachets de thé mongol.
Il faudra que je teste ça,
mais peut-être pas au petit déjeuner (si jamais ça ne me plaisait pas, ça me gâcherait tout).
Après le cours, je tente à nouveau le night market …
Monsieur et madame "burritos" ne sont pas plus là qu'hier.
Décidément …
En revanche, il y a une de ces grosses boulangeries où ils font des pains à à peu près tout juste à côté,
je vais m'y acheter de nouvelles brioches.
La gérante me reconnaît, j'étais déjà venu en avril.
Elle tente de faire son métier de conseillère, sauf qu'elle ne parle pas anglais.
Ça n'est pas simple ...
Quand je passe à la caisse, elle me demande si elle peut prendre une photo.
Me voilà donc argument publicitaire :
elle se tient à côté de moi avec mes achats.
Du coup, j'ai des minis bruschette à la tomate et à l'ail en cadeau.
Et puis comme j'ai acheté deux pains, j'en ai un troisième gratuit.
Je repars avec bien plus de pain qu'il ne m'en faut …
Je passe à un autre Seven Eleven pour trouver un couteau.
Impossible.
Ce soir, ce sera bière et pain taïwanais avec du fromage hollandais … mais toujours sans couteau (c'est quand même un peu rude …)
En rentrant à l'hôtel, je croise une femme de ménage que j'avais déjà vu l'an dernier.
J'avais tenté un "ni hao" et ça lui avait plaisir.
Comme on prend l'ascenseur, elle me demande en chinois à quel étage je vais (disons que j'ai supposé que c'était ça, vu que c'est généralement ce qu'on demande qu'on rentre dans un ascenseur ).
Je me lance dans un "pa !", le "8" chinois.
Alors en fait, ça n'est pas exactement "pa" c'est quelque chose qui n'est pas encore "pa" mais qui n'est plus trop un "ba", ce qui fait que, par exemple, l'idéogramme de "pei" dans Taipei et de "bei" dans Beitou, est le même).
La femme de ménage me regarde et me dit "pa lòu" (difficile à écrire).
Puis, elle me montre le bouton 7 et me dit "ti lòu".
J'enchaîne donc fièrement sur le 6 "leo lòu".
Et ainsi de suite en descendant jusqu'au 1 (non sans mal d'ailleurs !)
Elle me dit quelque chose qui doit être de l'ordre du "voilà" ou alors "c'est ça" en souriant.
J'ai donc appris comment on dit 8e étage !
Après un bref passage sur internet et le dîner en question,
la leçon de chinois du jour et la bière aidant,
je n'ai pas fait long feu.
Couché avant minuit.
Demain, je retrouve les gamins.



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