on y est.
Un mois avant la générale,
un mois avant le nouvel an chinois,
trois semaines (enfin à peine moins) avant que Cheng Wei et Wan Zhu arrivent.
Je retourne ce matin au Pavillon Noir,
conscient de la chance que j'ai de pouvoir retourner squatter des studios là bas,
anxieux de savoir si l'énergie, la créativité seront au rendez-vous.
De toute manière, je n'ai plus le choix : il faut que je crée.
C'est la limite du système de résidence.
On reste un certain temps dans un lieu propice à la création et là on doit .. créer, coûte que coûte ..
Si l'idée de génie vient le lendemain du séjour,
trop tard,
il fallait l'avoir avant …
Aujourd'hui, jeudi et vendredi toute la journée,
et mardi et mercredi seulement les matins
car l'après midi, il y a les fameuses plateformes DRAC qui se déroulent.
Celles où certaines compagnies régionales viennent présenter leur projet de l'année suivante en espérant que l'institution les « soutienne », autrement dit leur permette de respirer un peu plus facilement par un apport en monnaie sonnante et trébuchante.
Je ne remercierai jamais assez Nathalie Zoccola qui s'occupe entre autre de la gestion des studios ici, de faire au mieux pour que je puisse travailler dans ces endroits.
C'est maintenant la cinquième création que je bosse au Pavillon.
Pour la première, je n'étais qu'interprète.
Je bossais avec Marjan Raar, une chorégraphe hollandaise installée en Finlande.
Elle m'avait écrit un solo, « House of sand », que j'ai joué là bas à la suite du mien, « Jamais seul ».
« notre Sisyphe » que j'ai (à quatre jours de travail près) entièrement créé dans ces studios,
« ce que nous sommes », où nous sommes passés juste pour quelques jours,
et donc cette Septième nuit.
La journée ne commence pas très bien.
Les routiers bloquent les autoroutes avec des opérations « escargot »
ce qui veut tout de suite dire à Marseille que le centre ville est au ralenti.
Je décide de prendre le train
mais comme bien souvent les TER sont à la hauteur de leur réputation.
Outre l'ergonomie plus que relative de leur application smartphone pour acheter un billet, le train que je devrais prendre a été annoncé avec dix minutes de retard pour commencer,
jusqu'à finalement être supprimé.
Nous avons donc changé de train pour prendre le suivant, qui partait une demi heure après et s'arrêtait à toutes les gares.
1h10 pour 30 mn, 8 euros.
À eux de nous faire préférer le train …
Me voilà dans le studio Bagouet.
Quand j'enlève mes chaussures et que je regarde le piano,
des souvenirs me reviennent dans le coeur :
« Ravel et Debussy », une des parties de « Correspondance(S) » que j'avais commencée ici,
mais surtout le quintette final de « notre Sisyphe » avec ce fameux jour où une des danseuses était plus intéressée par la concentration de Ferrari qui se passait sur le parvis devant le bâtiment que par la répétition.
Sentiments mitigés.
Comme j'ai décidé de m'astreindre à faire une barre tous les matins, je fais un montage rapide de toutes les musiques qui me sont nécessaires.
Une danseuse du ballet Preljocaj apparaît.
Elle me demande si elle peut s'installer et se chauffer dans un coin.
Vu la taille du studio et celle du plateau sur lequel on va jouer, je l'invite bien volontiers au partage.
Je la préviens juste qu'il y aura bientôt de la musique, au cas où elle aurait espéré attaquer la journée dans le calme.
Il y a ma copine Dany, qui travaille ici, qui vient me faire une bise.
C'est bien réconfortant d'avoir un sourire connu pas loin.
Le montage fait,
je prends mon propre cours.
Le début, les pieds, les spirales, les étirements « Horton », le sol …
Je fais l'impasse sur les abdos.
La danseuse me demande si les musiques sur lesquelles je travaille sont du même auteur.
Je lui dis que oui,
et schizophréniquement, je lui dis
Claude Aymon.
Je lui indique les liens soundcloud où elle peut les trouver
vu qu'elle a l'air intéressée,
et puis,
une fois certaines de mes personnalités regroupées,
je rajoute timidement,
Claude Aymon c'est moi.
Il faudra quand même que je sois plus fier de mon boulot un jour.
La danseuse s'en va,
je n'ai plus le choix.
Il faut que j'attaque.
Il y a tellement de choses à faire et si peu de temps,
j'ai l'impression d'être au pied d'un immense bloc de marbre dont je dois extraire les pièces d'un jeu d'échecs.
Par où commencer ?
Je fais d'abord dans le connu :
les choses que j'ai déjà testées sur mes élèves ou des stagiaires le trimestre passé.
Certaines reviennent facilement,
d'autres un peu moins,
il y a des choses qu'il faut que je réadapte rythmiquement en fonction des musiques de la pièce.
Je vais à la boulangerie snack au début des allées provençales.
À une époque, ils vendaient de la soupe.
Manque de pot, le propriétaire a visiblement changé.
Je prends des tagliatelles bolonaises insipides et mal chauffées que j'engloutis sur le canapé près de la machine à café, de retour au Pavillon.
Sur la grande table, des filles de l'administration de la grande maison déjeunent.
Certaines ne me reconnaissent pas : j'ai les cheveux courts.
Retour au studio.
J'écoute la musique d'Élise sur laquelle je bloque depuis presque une semaine.
Je me dis que peut-être qu'avec l'équipement audio adéquat, une des versions va réussir à me plaire.
Hélas …
Il me restera ça à travailler ce soir …
Ou demain …
Enfin avant que je travaille dessus avec elle.
Je me remets à danser.
Pour le slow de la fin, je trouve une nouvelle variation.
J'en fais deux versions.
Une deux fois plus rapide que la première.
Depuis mes séjours taïwanais, j'ai toujours une petite inquiétude par rapport à la vitesse de ce que je fais.
Là-bas, j'ai dû quasiment tout accélérer.
Je me dis qu'ici aussi, la tranquillité relative de ce que je propose peut être parfois ennuyeuse ..
Un doute supplémentaire.
Je commence à fatiguer
mais je compte bien profiter de la grosse heure qui me reste dans le studio (en fait, il m'en reste deux mais je sens que je ne tiendrai pas jusqu'à 18h).
J'attaque le second solo de Wan Zhu.
Dans la pièce, elle danse deux solos d'affilée.
Le premier, elle le crée en ce moment même avec Cheng Wei à Taïwan.
le second est en fait un duo virtuel avec moi.
Elle rêve de ce qui se passe à l'écran.
Un travail sur le repos.
Idéal pour cette fin de journée.
16h30 passées.
J'installe l'appareil photo qui me sert de caméra et je filme le tout :
Les danses du quatuor,
de ce matin et de cet après midi,
le solo de Wan Zhu,
on verra bien.
Je quitte le studio vers 17h.
Retour à la gare.
Même scénario que le matin.
Le train le plus direct est supprimé.
Nous devons prendre l'omnibus avec cette fois-ci une variante moins désavantageuse :
on ne prend pas le train d'après,
c'est l'omnibus d'avant qui a du retard, et qui part finalement quasiment à l'heure du train presque direct que je devais prendre …
les TER PACA nous souhaite bon voyage.
Un peu comme quand je rentrais à l'hôtel à Taïwan et que je buvais une bière à l'ananas.
Ce sera … une eau gazeuse.
Beaucoup moins sexy.
Je télécharge les films.
C'est plutôt regardable.
C'est rassurant.
Je passe sur le net pour voir si le début de promo que j'ai lancé ce matin fait son effet,
ça avance doucement.
Je discute un peu avec mon amie Agnès Bretel dont je vous ai déjà parlé.
Elle me pousse un peu beaucoup à faire un montage vidéo des choses que j'ai travaillées.
Je m'y mets.
Pas si simple :
neuf bouts de danse,
deux musiques,
une quinzaine de rushes …
Choisir les moins mauvais,
tout assembler ...
Je mets la vidéo en ligne.
Je suis bien crevé après tout ça.
Extinction des feux.
La musique d'Élise attendra demain ...






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