Pourquoi ces troisièmes jours sont aussi éprouvants pour les corps ?
On devrait s'habituer pourtant.
Dans mon cas, malheureusement cela marche encore.
Le carré des lombes me demande pourquoi je m'agite autant,
la hanche gauche me confirme que dès que la création est finie il faut que je retourne chez mon kiné,
et toute la colonne me reproche de ne pas être passé par la case ostéopathie avant d'attaquer les choses sérieuses.
Le cerveau est aussi bien embrumé quand je vérifie que les routiers ne seront pas là où je compte passer et que je pourrai enfin commencer à me sentir moins seul dans ce studio.
Apparemment, la voie est libre.
J'envoie un message à Elise.
Je devrais être chez elle vers 9h.
La campagne est encore pleine de givre.
Quand j'arrive chez elle, tout est anormalement calme.
Je regarde mon téléphone.
Elle m'a envoyé des messages pendant que je conduisais.
Elle est déjà au centre du village, elle est partie avec son voisin.
Je descends au centre, l'entrée de l'autoroute est proche.
Il y a pas mal de circulation.
Je ne la vois pas.
On se rate
Je râle ..
Contre elle qui pourtant voulait bien faire,
contre moi qui aurait du être plus précis.
Je suis dans le mauvais sens,
impossible de faire demi tour,
je fais une boucle de quelques … kilomètres pour revenir où j’étais …
Finalement, je la vois,
à l'entrée de l'autoroute,
elle sourit,
je me détends.
Je ne râle plus que pour la forme.
"RESTE CHEZ TOI LA PROCHAINE FOIS !"
On rit.
Comme on n'a le studio que le matin et qu'aujourd'hui il faut que je parte à midi, je gare la voiture au parking pour ne pas perdre de temps.
On est dans le studio à 10h.
On a deux petites heures.
Je décide de ne pas faire la barre.
Pendant qu'Élise se chauffe je lui raconte la structure de la pièce.
Je l'ai envoyée en anglais à Cheng Wei et Wan Zhu mais elle,
elle ne la connaît pas.
La danseuse du matin est là.
Elle s'appelle Natacha.
Elle me demande, comme les autres jours si elle peut rester.
Et je l'invite à s'installer comme d'habitude.
Élise est tellement positive,
c'est réconfortant.
Mais quand je lui raconte la pièce, l’angoisse revient.
On a tellement de choses à faire …
Aujourd'hui, on commence son solo.
Il est juste après celui de Wan Zhu.
J'ai décidé de tirer partie de l'exiguïté de la scène en jouant sur les apparitions et les disparitions.
J'imagine une danse dans la diagonale principale qui fera disparaître Wan Zhu dans un sens et apparaître Élise dans l'autre,
jusqu’à ce que Wan Zhu sorte.
Nous étions dans le domaine du repos,
au sol,
Élise rentre donc au sol,
par les pieds …
Les idées viennent,
elle est réceptive,
tout va vite,
c'est bien.
Élise a encore des soucis de mémoire,
on n'a pas fixé tous les rythmes
mais certains s'imposent d'eux-mêmes.
Ça va aller,
tout se mettra en place quand elle dansera tout ça avec Wan Zhu.
Si tout se passe comme cet été CF., elles se sont entendues comme par magie.
Pourvu que ce soit pareil ici …
On filme le tout.
D'abord pour la mémoire, pour pouvoir l'envoyer à Wan Zhu.
Et puis je demande à Élise de faire les deux rôles,
pour voir si le duo est possible, du moins virtuellement.
Je filmerai les deux versions et je ferai un montage.
C'est un peu tôt pour le faire.
Élise n'a pas toutes les phrases inscrites dans le corps dans la forme et dans le temps,
mais bon ..
ça me donnera une idée.
Geneviève Sorin,
mon ancienne "patronne"
sous son chapeau de pluie.
Elle vient soutenir une de ses danseuses qui vient présenter un dossier devant le comité dans le studio d'à côté.
Cette danseuse a bien de la chance …
On finit la captation vidéo et je lui fais signe de rentrer.
On parle un peu.
Elle m'avait envoyée récemment toute une série de photos de l'époque où je dansais pour elle.
Souvenirs.
Mais j'ai beaucoup appris là aussi.
Élise s'en va vite pour ne pas rater le car qui la ramène chez elle.
Je repars à ma voiture.
mon Sisyphe me revient en tête.
J'avais tenté de le montrer chez Geneviève au printemps dernier.
Elle m'avait donné un accord de principe
mais le temps que j'avais pris à recontacter toute l'équipe pour être sûr que c'était possible avait été trop long,
quand j'ai voulu confirmer c'était trop tard …
Le oui était devenu un non.
Ça vaudrait le coup d'essayer à nouveau.
Peut-être.
À 12h30, j'avais rendez vous avec Dhanasri Sablé, une jeune professeur qui va participer aux rencontres chorégraphiques de la Fédération Française de Danse.
Comme c'est la première fois qu'elle se lance dans l'aventure, le comité qui organise lui offre un "tutorat" dont je suis en charge.
Au programme,
présentation succincte de la fédération,
explication de ce que sont ces rencontres (qui ne sont pas des concours comme les autres),
travail autour de la chorégraphie qui est présentée.
C'est assez étonnant.
Il y a la fraîcheur de cette jeune pédagogue chorégraphe en herbe qui est confrontée à des jeunes adolescents qui eux sont déjà aguerris aux rencontres.
Sur tout le groupe, il n'y a qu'une danseuse qui n'y a pas participé.
On me parle des phrases que mes collègues ont pu dire les années précédentes.
Des non sélections plus ou moins mal vécues ...
Ces interprètes, pourtant bien jeunes, ont déjà un vocabulaire et des réactions par rapport aux jurys que l'on attribuerait à des danseurs bien plus âgés, déjà presque blasés de cette aventure.
Ils en oublieraient presque qu'ils sont là pour découvrir, danser, créer …
Et aimer ça !
Je repars à 15h30 sous une pluie battante.
Pour éviter de perdre du temps pour trouver une place chez moi, je vais la garer directement devant l'école où je vais travailler le soir.
Il y a potentiellement plus de places et une station de métro toute proche.
J'arrive chez moi aux environs de 16h30.
Je m'achète une part de pizza à la boulangerie et je la mange le temps que les vidéos passent de l'appareil photo à l'ordinateur.
Comme la veille,
je regarde,
je choisis,
je monte,
j'édite.
Je fais trois versions :
une d'Élise seule avec ce qui semble être le meilleur timing,
une avec toute la danse sans les respirations,
et le fameux montage avec Élise dédoublée.
je mets en ligne.





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