Création de Claude Aymon pour la Wei Dance Company et sa propre compagnie, c2a,
c'est une pièce qui s'articule autour de deux duos mixtes mêlant deux danseurs des deux compagnies :
Une danseuse taïwanaise et un danseur français.
Un danseur taïwanais et une danseuse française.
Elle est inspirée de la Saint-Valentin chinoise,
qui est célébrée le septième jour du septième mois du calendrier lunaire chinois.
Selon la tradition, un jeune bouvier et une fée ont été séparés alors qu'éperdument amoureux.
La pluie est faite de leurs pleurs de ne pas pouvoir vivre ensemble.
Ils ne sont autorisés à se revoir qu'à la Saint-Valentin,
la septième nuit du septième mois.
La pièce s'est créée a à la fois en France et à Taïwan, avec une première taïwanaise en août 2014 et une première française en février 2015.
vendredi 19 septembre 2014
12/08/14 (1) - les duos .. enfin
On boucle enfin la chorégraphie, et dans une bonne ambiance, une nouvelle découverte culinaire pour le déjeuner,
Levé à 6h30,
il pleut,
encore et encore.
Je reste un peu couché avec l’appréhension que les douleurs dans le dos de la veille soient toujours là quand je vais me mettre à la verticale.
À 7h j’entends les premiers chariots des femmes de ménage.
Ils s’arrêtent si peu de travailler ici …
Je me lève.
La douleur est là.
Depuis quelques jours, j’essaie d’optimiser le temps :
une fois le thermos rempli, j’allume l’ordinateur et organise la table devant le miroir le temps que le thé infuse.
Et j’attaque le petit déjeuner en allumant la radio
Il m’aura fallu du temps pour arriver à cette organisation.
En même temps, c’est nécessaire ces jours-ci mais avant ? …
J’aimerais tellement pouvoir prendre le temps …
Ce matin je mange mes premiers mooncakes récupérés hier au studio de miss Lin.
La septième lune va s’en aller doucement, et laisser sa place à celle du Midsummer, le milieu de l’été (l’été indien en Europe), et on y mangera plein de gateaux dont ces mooncakes.
Il ne faut trop que je traîne,
nous avons rendez-vous ce matin à 9h45, à la station Martial Arts Stadium sur la ligne orange.
Un bon quart d’heure de métro.
On va enfin monter ce fameux quatuor.
J’ai quelques appréhensions :
on n’a que 3h, j’espère que ce sera suffisant pour tout faire, sachant qu’il ne nous restera que la répétition de demain avant le jour J,
en espérant (et c’est une autre appréhension) que miss Lin ne me demande pas de supprimer cette partie (ce à quoi je m’opposerai de toutes mes forces).
Départ 9h20 sous une pluie diluvienne.
De l’hôtel au métro, nous restons à couvert sous les arcades.
Il y en a souvent aux rez de chaussées des bâtiments.
C’est souvent bien utile pour trouver l’ombre et tout autant aujourd’hui pour se protéger autant que possible des gouttes.
Nous arrivons un petit peu en avance à la station de métro.
Dommage, Cheng Wei, pris dans les embouteillages, est un petit peu en retard.
Élise en profite pour immortaliser mon splendide manteau de pluie jaune.
Cheng Wei arrive,
il hèle un taxi,
et lui explique où nous emmener.
Nous voilà dix minutes plus loin, dans un quartier de la banlieue, un peu semblable à celui où se situe Arthur, mon magasin de tabacs, vins et spiritueux.
Le taxi nous laisse à un carrefour sous une pluie battante.
À mon tour de voler une photo d'Élise en imperméable.
Nous nous engouffrons dans un immeuble.
Au deuxième étage, Wan Zhu est là, assise sur les marches des escaliers.
Elle est arrivée il y a 10 minutes (à l’heure quoi …).
Derrière une porte d’appartement sans prétention, Michele (de son prénom anglais) nous attend.
C’est la fiancée de Cheng Wei.
C’est grâce à elle que nous pouvons répéter ce matin dans ce studio.
Je la remercie vivement tout en pensant que c’est quand même aberrant de devoir venir travailler ici pour des caprices de directrice …
Vu l’état de mon dos, je leur demande de se chauffer tous seuls.
Dommage ça aurait été une belle occasion de danser ma barre tous les quatre.
On attaque le travail.
Cheng Wei et Wan Zhu ont vu les vidéos d’Elise et moi.
Ils savent en gros ce qu’ils ont à faire et quand.
Maintenant il reste le comment …
Première transmission, Élise apprend à Wan Zhu la partie au sol.
Pendant ce temps, j’explique à Cheng Wei, le système de la marche autour de la danseuse.
Il faut que nous soyons connectés à notre partenaire, et connectés entre nous.
Les filles vont très vite.
En très peu de temps, elles sont parfaitement synchrones.
Elles n’ont pas la même énergie.
Comme Cheng Wei et moi sommes en résonance,
(et qu’en plus, nous n’avons pas la même sensation de cette résonance), cela nous fait marcher dans des rythmes et des directions différentes.
Les arrêts sont parfois communs mais pas tout le temps.
C’est ce que je voulais.
On enchaîne avec le pavé central : les duos inversés.
Élise apprend à Cheng Wei sa partition, qui est la plus dansée, et progressivement Wan Zhu et moi nous intercalons dans leur danse.
Avec Élise, nous avons un peu du boulot pour retrouver nos automatismes,
la dernière fois que nous avons répété c’était il y a plus d’un mois.
Cheng Wei et Wan Zhu en profitent pour faire quelques ajustements.
Leur rapport de taille est différent :
elle est plus petite que Cheng Wei, les appuis et les distances sont différents.
On avance tranquillement mais sûrement, dans une ambiance détendue.
Ça fait tellement de bien de pouvoir travailler comme ça.
Mon dos me force à m’asseoir de temps en temps,
C’est l’occasion pour eux de travailler seul ce qui n’est pas plus mal.
Je me souviens des patches que Hsiao-Yin, la chorégraphe de Dancecology à Taipei
(où j’ai bossé l’an dernier .. maintenant vous devriez vous en souvenir …).
J’en parle à Cheng Wei.
Il voit très bien ce que c’est, on ira en chercher tout à l’heure.
12h30, le téléphone de Cheng Wei vibre.
Il finit ce que nous sommes en train de travailler et va voir ce qui se passe.
C’est miss Lin.
Il y a une alerte « pluies torrentielles » sur toute la ville, tous les bureaux ferment.
Les cours du soir sont annulés.
Comme nous sommes sensés répéter entre 15h et 16h30, elle nous demande si on peut venir plus tôt.
Je dis à Cheng Wei qu’on finit la répèt’ et que je prendrai ma décision après.
À 13h, nous partons avec les duos dans la boîte !
Une matinée rondement menée,
il pleut toujours autant et mon dos me fait de plus en plus mal.
Avec Élise, il nous reste la répétition de jeudi après midi.
Je lui demande ce qu’elle en pense.
Elle me dit de ne pas m’inquiéter : cette répétition-là suffira.
Je suis effectivement rassuré.
Avec mon dos, je ne me sentais pas de traverser la ville et de travailler deux heures supplémentaires.
Je dis à Cheng Wei de prévenir miss Lin qu’on annule.
Elle pourra, elle aussi, rester chez elle.
Du coup, nous sommes libres pour aller déjeuner ensemble.
Aujourd’hui, ce sera du riz sauté.
Comme d’habitude, on suit le mouvement.
Les filles nous emmènent à l’endroit en question pendant que Cheng Wei va me chercher des patches à la pharmacie.
Quand on arrive au petit restau, il n’y a plus personne au fourneau.
Les feux de la cuisine sont éteints.
La petite salle n’est occupée que par les employés qui sont assis, tranquilles, les yeux rivés sur leur smartphone.
Ils sont en train de prendre leur pause.
Celle entre le déjeuner et le .. enfin quand ils reprendront.
Michele rentre quand même demander si quelque chose est possible.
Ils ne servent plus.
On reste dehors sous la pluie pour attendre Cheng Wei.
J’espère qu’on va pas prendre froid. (enfin, froid, c’est pas le mot … « choper la crève » quoi …)
Les filles discutent d’un autre endroit où aller.
Deux des serveurs nous regardent. Il faut dire qu’entre mon manteau jaune sur ma peau noire, et .. Élise …
On ne passe toujours pas inaperçus.
Michele remarque leur manège et retourne à l’intérieur.
Finalement, ils rallument les feux, spécialement pour nous. Les gens sont trop serviables dans ce pays …
C’est l’occasion pour moi d’apprendre quelques idéogrammes supplémentaires.
Si vous regardez bien,
il y a un signe qui revient un peu partout,
dans les deux premières lignes de la liste blanche, au milieu dans la liste jaune, et dans les quatre dernières lignes de la liste bleue.
Moi ça me fait penser à une grille de barbecue (enfin, j’ai décidé que ça serait ça).
C’est le symbole de la viande, ou plus précisément de la chair (puisqu’on s’en sert aussi pour le poisson), c’est : « rou » (avec un r à l’anglaise).
Ensuite, deux autres symboles que l’on trouve dans les trois listes sont assez reconnaissables :
sur la première ligne de la liste blanche, il y a une sorte de bête à cornes,
la traduction littérale est « mouton chair », de la viande de mouton,
c’est donc de l’agneau.
La ligne en dessous, une autre bête à cornes, mais de profil.
cette fois-ci c’est « boeuf chair », vous me suivez ?
Ceux-là sont presque faciles à retenir.
Après, il y en a un indescriptible, que l’on retrouve dans les trois listes et qui commence le dernier plat de la liste bleue,
c’est l’idéogramme du porc.
Là, je n’ai pas trouvé de moyen de le retenir ..
Ce qui veut dire que d’ici la fin de mon séjour je l’aurais oublié.
Les plats sont simples, copieux .. et succulents.
Et comme vous avez pu le voir, très onéreux (le plus cher est à 100 dollars … 2,5 euros). On profite d’une accalmie pour repartir.
Pour Élise et moi, ça ne change rien, vu qu’on va prendre un taxi mais pour les trois autres qui sont en scooter c’est bien différent.
On se sépare devant le restau, contents de ce moment partagé, au delà de la danse.
On se dit à ce soir.
Car nous sommes invités à dîner chez Wan Zhu et Jim, son mari.
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