C’est le cas de Kuan Ling.
Dans un précédent article, je vous avais promis que je vous en parlerai.
Je les ai rencontrés en 2011, lors de mon premier séjour.
Kuan Ling était l’une des chorégraphes taïwanaises du Young International Choreographer Project.
C’est une grande voyageuse, bien plus que moi encore.
Quand je l’ai rencontrée, elle n’avait pas trente ans et elle avait déjà vécu et travaillé à New York et en Europe.
Comme elle parle anglais, elle est celle des trois chorégraphes « locaux » avec laquelle on a eu le plus de contacts.
Une sorte de passerelle artistique et humaine entre nos mondes et le leur.
Elle faisait partie du groupe de l’après-midi, ceux qui répétaient entre 13h30 et 16h30.
Comme nous étions huit créateurs et que nous travaillons trois heures par jour.
Il y avait quatre chorégraphes qui travaillaient le matin et quatre l’après-midi
(et vous imaginez bien que j’en faisais partie).
Nous partions donc tous les midis depuis l’auberge de jeunesse de Chencing vers la Tsoying Senior High School.
C’est avec Kuan Ling que j’ai mangé mon premier bol de nouilles au boeuf à côté de l’école,
mon premier « sandwich de riz » (une tranche de viande entre deux couches de riz à réchauffer au micro ondes « que les jeunes pressés de Taipei adorent » avait-elle dit)
J’avais partagé avec elle mon premier hot pot.
Jusque là, peu de choses ont démenti cette explication.
Quand je suis rentré en Europe, elle faisait ses affaires pour repartir à New York mais elle avait en projet de venir en Suisse où je bossais encore alors on s’était promis d’essayer de se voir
Même à Taiwan où elle est partie juste avant que j’arrive.
Cette année semblait être la bonne car elle m’avait dit rester quelques mois sur l’île.
On a d’abord tenté de se voir à Kaohsiung,
(Tainan et moi … quatre étés que j’y vais, je n’y ai toujours pas mis les pieds).
On est arrivé à se caler une fin de matinée à Taipei.
Comme elle habite toujours à Bali, on décide d’aller prendre un café dans la Taiwan National University of Arts, la fameuse TNUA toute proche, où Cheng Wei, Hsiao-Yin et tous les autres ont fait leurs études supérieures.
Ah ..
Quand je parle de Bali, bien-sûr ça n’est pas de l’île dont je parle, c’est un quartier près de Zhuwei de l’autre côté de la rivière (ceux qui ont suivi ma résidence au Bamboo Curtain studio devraient pouvoir situer la chose, pour les autres disons que c’est au nord de la ville à l’opposé de Yonghe),
On se donne rendez-vous au même endroit qu’il y a trois ans, à la station de métro Guandu, sortie côté temple en fin de matinée.
Il fallait juste que je lui envoie un message quand je partais de Yonghe, cela lui laissait une demi heure.
Elle m’accueille dans la voiture de son frère.
Cela fait tout bizarre de se retrouver là, trois ans après.
On était resté en contact par Facebook.
Elle avait suivi mes pérégrinations artistiques, mes voyages et moi les siens …
On entre dans la TNUA.
Elle me parle de cette fac où elle a passé cinq ans, de certains endroits, de certains profs.
On passe devant la salle où j’avais fait la répétition publique de Sisyphe, souvenirs …
Nous nous installons le temps d’un café, sur une terrasse avec une vue imprenable sur la ville.
On parle de Taiwan, de ce qu’elle aime retrouver ici (et que j’aime aussi) et de ce qu’elle préfère de sa vie « à l’ouest » : plus d’indépendance, loin de la famille, la facilité à New York de rencontrer des gens, et de tous les milieux.
Cet aspect de la vie taïwanaise résonne particulièrement à mes oreilles.
Je me suis souvent dit que ce qui me manquait ici c’était de rencontrer d’autres gens, qui ne seraient ni mes collègues, ni mes patrons, ni mes élèves.
Culturellement, Kuan est maintenant une métisse.
Elle n’est plus tout à fait taïwanaise mais ne sera jamais vraiment une américaine ou une européenne.
Je la comprends tellement.
Elle a ce même rapport ambigu avec son pays d’origine que celui que je peux avoir avec la Guyane,
On avait toujours été sur la même longueur d’ondes dès le départ.
Cet « à cheval » culturel nous rapproche encore.
D'autant que, bien qu'ayant vécu à Taipei, comme tout va très vite ici, elle ne retrouve plus tous ses repères.
On se quitte vers midi,
elle répète dans une ancienne fabrique toute proche où on a installé des artistes,
On fait deux photos.
Celle qui ira sur Facebook (Kuan, comme moi, ne se prend que très rarement au sérieux)






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