Création de Claude Aymon pour la Wei Dance Company et sa propre compagnie, c2a,

c'est une pièce qui s'articule autour de deux duos mixtes mêlant deux danseurs des deux compagnies :

Une danseuse taïwanaise et un danseur français.

Un danseur taïwanais et une danseuse française.


Elle est inspirée de la Saint-Valentin chinoise,

qui est célébrée le septième jour du septième mois du calendrier lunaire chinois.


Selon la tradition, un jeune bouvier et une fée ont été séparés alors qu'éperdument amoureux.

La pluie est faite de leurs pleurs de ne pas pouvoir vivre ensemble.


Ils ne sont autorisés à se revoir qu'à la Saint-Valentin,

la septième nuit du septième mois.


La pièce s'est créée a à la fois en France et à Taïwan, avec une première taïwanaise en août 2014 et une première française en février 2015.

vendredi 27 juin 2014

24/06/14 - La 7ème nuit avec Élise


Le plaisir de travailler à nouveau à deux,
avec quelqu'un qui donne l'envie,
le début d'une jolie chose ...



Encore une courte nuit,
la température commence à rester haut même à la nuit tombée
et sur ma mezzanine ça se sent particulièrement.

Les courbatures de la veille se font aussi sentir.
La journée va être rude …
Mais elle sera bien agréable aussi puisqu’Élise me rejoint.

Je vous ai déjà parlé d’Élise pendant la création de « notre Sisyphe »,
(pour ceux qui n’ont pas lu l’article, il est quelque part par là (http://notresisyphe.blogspot.com/2012/12/elise.html) …).
Sacré personnage.
Hier, je lui ai envoyé un message quand je partais au studio.
Je voulais savoir comment elle allait.
Elle m’a répondu :
« Ça va bien,
je bosse beaucoup.
J’ai hâte de te voir.
Bon travail à toi ! »



Ce matin, toute une série de gens un peu égoïstes ont décidé de me rendre le voyage plus long.
Il y a eu ces jeunes dans le métro qui hésitaient sur quelle rame prendre pour aller à la gare.
Le souci c’est qu’ils n’hésitaient pas sur le quai,
mais à la porte d’un wagon en en bloquant la fermeture …
Le métro n’a démarré que quand ils ont décidé de quelle direction prendre.
Il y a eu aussi ce couple,
qui après avoir demandé si le car allait à Aix, a demandé tous les tarifs possibles pour ce voyage.
Les jeunes gens se sont ensuite renseignés sur les moyens de paiement,
et puis ils se sont demandés lequel des deux allait payer,
et puis celui qui allait payer n’était pas sûr d’avoir assez de monnaie …
Comme les autres passagers attendaient dehors, le chauffeur, qui devait partir, a fermé les portes.
J’ai donc pris le car suivant …

Seuls au monde …

Élise est déjà au Pavillon Noir quand j’arrive.
À l’accueil, il y a Estelle, qui depuis le début m’a toujours accueilli avec le sourire.
Ça n’a l’air de rien mais c’est tellement agréable.

Élise est allongée au sol.
Elle éclate de rire quand elle m’entend arriver.
On est content de se revoir,
cela fait presque un mois maintenant depuis le théâtre Durance.

Comme elle s’est déjà chauffée, je fais juste le premier exercice pour me mettre en route et me dérouiller un peu.
S’il s’appelle préchauffement général c’est sûrement pour une bonne raison …
Élise m’accompagne.
On adapte la routine habituelle en fonction de nos douleurs et de notre état.

Pour commencer, je lui propose de créer des phrases sur le principe de la marche, comme celle que j’ai faites hier.
J’ajoute « juste » une contrainte :
en terme de mouvement, je lui donne des points de passage obligés.
Ce retiré, ces attitudes, ce contre-temps, ce fouetté …
En fait, cela facilite peut-être la tâche en remplissant un petit peu la pages blanche.
En revanche elle a une totale liberté en terme d’espace et de rythme.
Tout en échafaudant un hypothétique travail au sol, je la regarde faire.
Elle ressent la musique comme moi.
Nous sommes dans un univers appaisé,
avec quelques ruptures que donne cette simple ligne de batterie.
Je savais que ça n’était pas la peine de lui parler de la vitesse pour ce qu’elle allait proposer, on se connaît assez.

Élise me montre ce qu’elle a fait.
« je sens qu’il y a un truc ou deux qui ne vont pas te plaire »
Elle a raison.
je modifie une ou deux choses,
et on tente de danser nos phrases en simultané.

Quand j’ai fini ma première phrase, elle a encore des choses à danser.
J’enchaîne avec ma seconde.
Mais là, c’est elle qui a déjà fini.
Je lui propose de faire une suite pour que nous arrivions à peu près au même moment.

On tente, on se plante, on refait, on rit.


Ensuite, on tente la même chose mais cette fois-ci je l’accompagne. 
Je suis proche d’elle tout le temps, la soutenant dans les équilibres, la poussant à aller plus loin dans certaines courbes du dos. 
On trouve une sorte de danse de couple. 
Ça me rappelle le duo de West Side Story pendant le bal … 
C’est délicat, plutôt léger. 
Enfin, ça le sera quand on y arrivera … 
Pour l’instant on cherche encore les connexions, les bonnes places pour ne pas se gêner.
Je cherche aussi comment transformer cette marche de soutien en un réel mouvement dansé. 
Là encore, on essaie plein de choses, on se trompe, on refait, on rit. 
Après la pause repas, quand le duo est plus ou moins fixé, on le filme. 
Nouvel écueil : 
comme le studio est relativement petit, il faut rester dans le champ de la caméra. 
Cela force Élise à changer une direction. 
Du coup, pour l’image finale, elle se retrouve presque où elle a commencé. 
On la voit au loin, j’aime cette idée. 
Les hasards de la création et des contraintes. 
Cette « marche en carré » finale vient aussi de là.
En fait, dans nos divers essais, il y a une fois où elle est arrivée avant moi et elle a repris cette marche que j’adore et que j’ai déjà utilisée plusieurs fois dans mes pièces.
On la retrouve dans « et toujours cette sensation de chaud après la pluie » que j’ai créée à Taïwan en 2011, où les filles tournent pendant que les quatre garçons sont au sol.

On garde l’idée. 
Comme, pour moi, ce duo est la rencontre imaginée de deux amants 
(comme dans le duo de West Side Story auquel je faisais référence tout à l’heure) 
cela nous met dans un univers commun, une sorte de rêve éveillé.

Pour finir la journée, je transmets à Élise une partie du sol travaillé courant juin avec mes élèves et que je vais danser pendant le solo de Cheng Wei. 
Là aussi, je m’inspire d’une création précédente, « les amants » dans ma collection particulière : 
pendant qu’elle danse au sol, je fais une marche en contre point autour d’elle.
Encore de la marche, Lola (cf. hier) avait raison …

Pour moi on a assez travaillé pour aujourd’hui, 
d’autant que je sais qu’Élise enchaîne à Marseille avec une autre répétition d’un spectacle qu’elle jouera ce week-end. 
Avant de partir, elle veut revoir le sol en entier, la caméra tourne encore …

Voilà une belle journée, studieuse et détendue. 
J’ai le corps cassé, heureusement que je ne donne pas de cours, 
Élise, elle, va continuer sa journée …
Nous rentrons ensemble à Marseille.
Elle me dit qu’au fur et à mesure que la date du départ approche, l’excitation monte …
Il fait chaud dans la voiture, on s’entend mal avec les vitres ouvertes pour créer un courant d’air. Je lui parle de son passeport dont il faut que j’envoie une copie là-bas, du billet, de quelques autres choses sur ce qui nous attend …
Elle me dit : « je suis contente de partir »

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