Création de Claude Aymon pour la Wei Dance Company et sa propre compagnie, c2a,

c'est une pièce qui s'articule autour de deux duos mixtes mêlant deux danseurs des deux compagnies :

Une danseuse taïwanaise et un danseur français.

Un danseur taïwanais et une danseuse française.


Elle est inspirée de la Saint-Valentin chinoise,

qui est célébrée le septième jour du septième mois du calendrier lunaire chinois.


Selon la tradition, un jeune bouvier et une fée ont été séparés alors qu'éperdument amoureux.

La pluie est faite de leurs pleurs de ne pas pouvoir vivre ensemble.


Ils ne sont autorisés à se revoir qu'à la Saint-Valentin,

la septième nuit du septième mois.


La pièce s'est créée a à la fois en France et à Taïwan, avec une première taïwanaise en août 2014 et une première française en février 2015.

lundi 2 juin 2014

27/04/14 (2) - une soirée entre ... amis


Echanges au bout du monde,
retour au bar de mardi,
alcool, tabac, amour ... la vie



Comme je vous le disais dans l’article précédent, j’avais reçu un message de Cheg Wei dans le bus en rentrant de Sizhiwan.
Il passait me prendre chez moi à 19h30.
Le resto n’est pas loin.

En disant « hi ! » au gardien de nuit, je me dis que, comme les équipes tournent, peut-être que je ne le reverrai pas.
Pincement au coeur.

Cheng Wei est là un peu en retard, aurait-il pris mon rythme ?
Pourtant j’ai plutôt été à l’heure ici …
On part sur son scooter.
Effectivement, le resto n’était pas loin,
juste quelques minutes.
C’est un restaurant « italien » mais .. à la taïwanaise :
Les pâtes sont servies en petites portions donc chacun commande plusieurs plats.
Les pizzas peuvent contenir jusqu’à huit ingrédients qui sont répartis sur des parts bien distinctes et prédécoupées.
Donc à la commande, chacun dit ce qu’il veut avoir sur sa pizza et on en fait une commune avec le choix de tous.
Toujours cette notion du partage.

Nous retrouvons donc Wan Zhou et son mari, Jim.
Ils ont déjà commandé pour eux.
(voilà quelque chose que l’on ne ferait pas en France, sauf si on est très pressés … )
L’ambiance est détendue, comme si on se connaissait depuis bien plus longtemps.
On parle forcément de la séance photo de l’après midi.
Wan Zhou m’explique le regard qu’elle m’avait lancé: elle a été un peu choquée du comportement de miss Lin.
C’est vrai que toute directrice qu’elle soit, elle a été quelque peu maladroite en faisant irruption dans le cours pour faire la séance photo en imaginant que l’on allait tout arrêter pour ça.
Pour Wan Zhou, c’était de l’impolitesse.
On parle aussi des robes.
Ils sont d’accord avec moi, ces couleurs ne sont vraiment pas les bonnes pour ce que les filles dansent.

Au moment de payer, Wan Zhou et Cheng Wei se sont arrangés pour partager la note …
mais le restaurant ne prend pas la carte bleue !
Je peux donc payer une partie de l’addition .. au grand désespoir de mes hôtes.
Petite victoire dans ce sport national : payer quand on est l’invité.

Nous retournons au bar de mardi soir pour finir la soirée.
Cheng Wei et moi sur son scooter, Wan Zhou et Jim sur leur moto.



L’endroit est toujours aussi chaleureux.


Mardi dernier, nous étions dans les quatre places de droite près de la fenêtre.
Ce soir, nous sommes plus près du comptoir.


On continue nos conversations avant que la fiancée de Cheng Wei arrive.
On échange nos expériences d’enseignants dans des studios de danse où en tant qu’employé on ne fait pas toujours ce qu’on veut.
Finalement, c’est partout la même chose.
Wan Zhou m’avoue qu’en tant que danseuse elle se sent vieille.
Elle me dit ça … à moi …
Son mari m’explique qu’elle ne se ménage pas, qu’elle veut danser comme il y a dix ans.
Je leur parle d’une danse qui peut évoluer.
Surtout en danse contemporaine.
Pour moi, vient un moment où il faut se permettre d’écouter son corps et chercher la danse qui lui convient le mieux, une danse peut-être moins performante, dans d’autres formes de virtuosités, souvent moins spectaculaires.

Mais il y a aussi le fait qu’ici, en Asie, on veut souvent cacher la douleur,
(là où en Europe, on s’écouterait parfois un peu trop).
Je me souviens de ma première création en 2011 où j’ai découvert sur Facebook que mes danseurs avaient mal au dos …

Cela nous amène à parler des différences entre les danses en Europe, en Amérique du Nord et en Asie.
Certaines sont plus « physiques », d’autres plus « virtuoses »,
certaines s’effacent au profit des concepts …
Les danseurs aussi sont différents.

On parle un peu politique.
Comme en ce moment, à Taipei, le gouvernement est en train de renégocier des accords économiques avec la Chine,
les jeunes taïwanais font pression en faisant de sit-in devant le parlement pour que l’île garde le plus d’autonomie possible (à défaut d’indépendance).
Ils sourient quand je leur parle de mon avis sur les touristes du continent.
je leur dis à quel point pour moi, les chinois et les taïwanais sont différents même s’ils ont en commun une grande partie de le ur culture et de leur histoire.

On fait le parallèle avec le Québec par rapport à la France.
On en vient à parler des langues, des accents (le mandarin est parlé en Chine et à Taiwan mais pas du tout avec le même accent et parfois avec des vocabulaires différents).


J’ai commandé un Américano.
Cheng Wei a pris le même cocktail que mardi soir sauf qu’il est nettement moins bon.
Il nous fait goûter,
et effectivement, il a un goût de remède à l’ancienne,
je suis bien content d’avoir opté pour une valeur sure.

Wan Zhou et son mari nous parlent un peu de leur vie au Canada.
Et aussi de la période où ils ont vécu à des milliers de kilomètres l’un de l’autre, quand Jim est rentré seul à Taiwan.
On parle aussi de tabac, d’amour, d’homosexualité,
de la vie quoi.

La fiancée de Cheng Wei, Michèle arrive.
Ces deux couples sont bien différents.
Cheng Wei et Michèle sont bien plus spontanés.
Ils nous disent fièrement qu’ils se sentent « occidentaux ».
Je souris ..
Ils en sont quand même loin.
Wan Zhou et Jim ont dix ans de plus,
et le recul des gens qui ont voyagé,
ils sont bien plus posés.

Cheng Wei et sa fiancée s’embrassent …
et demandent à l’autre couple de faire pareil.
Comme si c’était un défi.
Une chose aussi simple qu’un baiser.
Sauf qu’on est en public.

Jim dit à Cheng Wei qu’ils n’ont pas besoin de s’embrasser, là, maintenant, pour montrer leur amour.
Bien que je sois d’accord avec lui, je trouve ça étonnant et touchant qu’ils soient gênés de le faire.
Un autre monde.

Il est plus de minuit quand on décide de rentrer.
Cette fois-là, je n’ai pas le choix : ils payent.

Cheng Wei veut m’appeler un taxi parce qu’il ne peut pas me ramener.
Je lui réponds que je vais marcher.
Il me semble que je ne suis pas si loin.
Je vois sur un building, une enseigne qui ne m’est pas inconnue et qui me rappelle le centre ville.
Tout le monde insiste mais je réussis à les convaincre.
Il fait doux, même si j’ai un peu plus de marche que je l’imagine, ça ne pourra pas me faire de mal.

Wan Zhou me demande une faveur.
« can I have a hug ? I’m not sure that miss Lin will allow us to do that tomorrow »
C’est vrai que demain ce sera le dernier jour …
Et elle a raison, je ne pense pas que miss Lin soit très favorable aux effusions, surtout quand les élèves sont là.

Je la prends dans mes bras et la serre fort.
On se revoit en juillet de toute façon.

Les deux couples partent sur leurs deux roues.

J’ai encore oublié de prendre une photo.
Tant pis.
Je remonte la rue à pied en repensant à la soirée.
Au loin, je vois des lumières qui me sont familières.
Ca y est, je sais où je suis :
Ces lumières sont celles du Liouhe night market.
Et l’enseigne lumineuse que j’ai vu du bar tout à l’heure,
c’est celle qui était à côté de l’hôtel où je dormais l’été dernier.
Je suis à deux pas du métro.

Quinze minutes après avoir quitté les deux couples, je suis déjà à la chambre.

J’ouvre un bière et je publie un article consigné dans mon carnet 23h plus tôt.
Je galère un peu : dès qu’il y a une vidéo ça bousille toute la mise en page.

Extinction des feux à 1h30,
après la demi heure désormais habituelle de clim’.
Encore une belle journée, demain c’est la dernière répétition.

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