Création de Claude Aymon pour la Wei Dance Company et sa propre compagnie, c2a,
c'est une pièce qui s'articule autour de deux duos mixtes mêlant deux danseurs des deux compagnies :
Une danseuse taïwanaise et un danseur français.
Un danseur taïwanais et une danseuse française.
Elle est inspirée de la Saint-Valentin chinoise,
qui est célébrée le septième jour du septième mois du calendrier lunaire chinois.
Selon la tradition, un jeune bouvier et une fée ont été séparés alors qu'éperdument amoureux.
La pluie est faite de leurs pleurs de ne pas pouvoir vivre ensemble.
Ils ne sont autorisés à se revoir qu'à la Saint-Valentin,
la septième nuit du septième mois.
La pièce s'est créée a à la fois en France et à Taïwan, avec une première taïwanaise en août 2014 et une première française en février 2015.
vendredi 6 juin 2014
28/04/14 (2) - retour au phare, profiter du présent
S'aérer l'esprit en regardant la mer, travailler une dernière fois avec les adultes, la frustration des au revoir
Le thé est bu, la douche est prise.
Je vais à la mer.
Il faut vraiment que je me change les idées.
Je ne regarde pas la météo :
quoiqu’il arrive il faut que j’y aille, c’est la dernière fois que je peux le faire pour ce séjour.
Demain, je rangerai mes affaires.
Je prépare deux sacs : un petit pour maintenant, et l’autre, le classique, pour l’après midi,
comme ça quand je repasserai vers midi et demi, j’aurai juste à changer de sac (et probablement de tee-shirt !).
Je transfère les musiques du projet vers l’Iphone et en route.
À l’arrêt de bus, j’ai le coeur lourd.
Comme samedi, je prends le 50 jusqu’a Gushan et de là le ferry vers Cijin.
La gare est en plein nettoyage.
Du coup, on embarque dans le ferry encore plus près de l’arrêt de bus.
Avec cette chaleur et ce ciel habituellement blanc, c’est bien agréable.
Le ferry est presque vide aujourd’hui, c’est lundi.
Je ne résiste pas au plaisir de faire encore quelques photos du port
Arrivé à Cijin, je longe le chenal jusqu’au phare.
Il y a une vendeuse de hot dogs sur la route, j’en prendrai un ou deux au retour.
Je contourne le phare et continue jusqu’à la digue.
Je me dis que ces pêcheurs ont bien de la chance.
Enfin, s’ils ont décidé de vivre comme ça …
Je retourne m’installer sous la pergola où j’avais fait une petite sieste samedi.
Avec le boléro avec la mer en bruit de fond dans mes oreilles,
l’Europe s’éloigne de mon esprit.
Tout est tellement tranquille.
Je reste une petite heure allongé sur le banc
et puis après avoir regardé une dernière fois ce côté-là du port, je rentre.
La vendeuse de hot dog est partie.
Dommage, elle avait l’air sympa.
Arrivé de l’autre côté, je vois que le prochain bus est dans un quart d’heure,
j’ai le temps de m’acheter du thé.
Je retourne à mon kiosque habituel (où j’ai désormais ma carte de membre !).
Je discute un peu avec le serveur,
on décide ensemble de ce que je vais boire, je paie et il part préparer ma commande.
Il revient tout désolé, il y a un problème avec la machine
ça va prendre un peu plus de temps que prévu …
Je lui explique que mon bus approche.
Ca va faire trop court.
« come back later ! »
Je repasserai ce soir, comme ça j’achèterai à manger juste à côté pour le dîner.
Le chauffeur du bus est souriant.
Ils le sont souvent ici mais lui, il l’est particulièrement.
Il accueille tout le monde avec un large sourire en disant bonjour,
nous remercie quand on valide la carte, nous dit à bientôt quand on l’a remercié en descendant du bus …
Ca change de la RTM (pour les non marseillais, c’est notre régie de transports)
Je passe en coup de vent à la chambre,
je change de sac et, comme prévu, de tee-shirt.
Il est 12h40 quand je reprends la route vers le studio de miss Lin …
Pour la dernière fois.
À la sortie du métro, je passe au Seven Eleven, m’acheter un sandwich et une petite bouteille de jus d’orange.
Vu que je n’ai pas mangé de hotdog, je commence à avoir faim et il faut que je sois efficace pour cette dernière répétition.
Quand j’arrive au studio, les filles font le ménage.
Pas Cheng Wei …
Et c’est une femme qui dirige cet endroit …
On attaque avec un peu de retard, dans une atmosphère détendue.
La barre file tranquillement,
je vois de la nostalgie dans les yeux de Wan Zhu.
On revoit tout ce qu’on a fait, peaufine encore quelques petites choses sur la phrase de Taipei
J’ai envie de leur apprendre une dernière chose et puis de les laisser créer.
Je leur invente une série de port de bras en déplacements.
Je m’en servirai à un moment ou à un autre en guise de transition
ou cela servira de base à un développement pour une autre partie,
ou bien les deux ..
On verra bien.
Pour leur création personnelle, je leur propose un travail classique et relativement simple :
la création de leur propre phrase, une sorte de petit solo,
à partir de tout ce que l’on a dansé ensemble,
que ce soit dans la barre ou dans le matériel utilisé dans les chorégraphies.
Ils le dansent ensemble, en simultané.
Cela pourrait être une fin.
Cela pourra aussi nourrir le solo de Cheng Wei que nous avons déjà travaillé jeudi
et aussi celui de Wan Zhou si j’en fais un ici .. ou alors en France,
enfin bon, on verra bien.
Quoiqu’il en soit, j’aime bien quand les interprètes m’ouvrent de nouvelles portes.
Il est 16h30.
Voilà, c’est fini.
Je leur dis à quel point j’ai pris du plaisir à travailler avec eux.
Je leur rappelle leurs appréhensions du début.
Cela met en perspective tout le chemin parcouru.
Je suis frustré de ne pas pouvoir leur dire tout ça dans leur langue,
je le suis encore plus de ne pas pouvoir au moins les prendre dans mes bras.
Tout le monde quitte le studio,
comme ça …
comme si de rien n’était …
Miss Lin vaque activement à ses tâches quotidiennes, me demande si je veux des photos de la séance de dimanche,
elle me reparle des robes, des choses qui me paraissent tellement dérisoires par rapport à la fin de ce que l’on vient de vivre.
Je m’en vais, eux non,
ici la vie continue.
Dans le vestiaire, Cheng Wei me donne le thé qu’il a acheté.
Et bien-sûr, je ne peux pas le payer.
Dans la mesure où j’ai réussi par deux fois à lui offrir à boire, je ne me faisais aucune illusion.
Wan Zhou arrive avec ses deux boîtes.
Ça en fait trois en tout.
Je ne sais pas comment je vais organiser mes bagages avec ces presque deux kilos en plus.
Je lui demande combien je lui dois, elle calcule et me dit « 1400 » un peu gênée.
Je lui tends 2000 dollars taïwanais mais elle n’a pas la monnaie.
Elle prend un billet de 1000 et me dit que ça ira comme ça, en souriant …
Je savais bien qu’ils me feraient « payer » le fait d’avoir payé hier.
Je dis une dernière fois au revoir à tout le monde.
Les mains s’agitent, les sourires sont là.
Je pars avec Cheng Wei qui me ramène au métro comme d’habitude.
On convient du rendez vous pour demain.
Je préfère qu’il soit là pour la remise des clés de la chambre.
Et puis, ça nous donne l’occasion de nous revoir une dernière fois.
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