Création de Claude Aymon pour la Wei Dance Company et sa propre compagnie, c2a,

c'est une pièce qui s'articule autour de deux duos mixtes mêlant deux danseurs des deux compagnies :

Une danseuse taïwanaise et un danseur français.

Un danseur taïwanais et une danseuse française.


Elle est inspirée de la Saint-Valentin chinoise,

qui est célébrée le septième jour du septième mois du calendrier lunaire chinois.


Selon la tradition, un jeune bouvier et une fée ont été séparés alors qu'éperdument amoureux.

La pluie est faite de leurs pleurs de ne pas pouvoir vivre ensemble.


Ils ne sont autorisés à se revoir qu'à la Saint-Valentin,

la septième nuit du septième mois.


La pièce s'est créée a à la fois en France et à Taïwan, avec une première taïwanaise en août 2014 et une première française en février 2015.

mercredi 11 juin 2014

29-30/04/14 le retour


tuer le temps à Taoyaun,
voyager à côté d'un vieil argentin,
revenir au "pays"



J’ai trois heures à tuer à l’aéroport de Taoyuan,
mais j’avais prévu mon coup :
j’avais reçu un mail de l’assistant de Margaret Chu qui est la directrice du Bamboo Curtain Studio où j’étais en résidence en septembre 2012.
Il fait une enquête sur les artistes en résidence et interviewe tous ceux qui sont passés dans le lieu.
J’avais prévu de l’appeler pendant mon séjour mais tout s’est passé bien vite et j’ai réalisé quelques jours avant de partir que je ne l’avais pas contacté.
On s’est accordé sur un rendez-vous téléphonique ce soir avant que j’embarque.

Quand j’arrive dans le hall d’embarquement, les guichets sont vides, c’est le moment idéal pour l’appeler.
On reste une demi-heure au téléphone,
les questions tournent autour de ce qui est recherché dans une résidence, avec quelques retours sur mon séjour au Bamboo Curtain Studio.
Si j’avais été soutenu par une institution, je lui aurais envoyé le bilan …

21h.
Je fais la queue pour enregistrer mon sac.
Nous ne sommes pas nombreux, cela va vite.
Passeport, carte d’embarquement, tout se passe bien sauf que ..
J’ai un kilo de trop dans le sac !
Le thé …

L’hôtesse me demande si j’ai un moyen de l’alléger.
J’ouvre mon sac et lui montre les trois boîtes.
Elle sourit et se lève pendant que j’enlève deux des trois boîtes.
Elle revient avec un joli sac en carton d’une boutique chic.

Je vais à la sécurité.
L’agent de la police des frontières regarde mon passeport.
Il tente de lire mon nom :
« Claoud Ehim’n ?
- Claude Aymon, I know it’s difficult to say »
Je ne sais pas s’il fait ça pour vérifier que je suis français mais en tous cas, c’est fait avec beaucoup de délicatesse.
Il voit les autres tampons « Republic of China »
Il me demande si je viens pour le travail.
Je lui réponds que je travaille un peu mais que j’ai aussi des amis ici.
Il sourit.
J’ai les larmes aux yeux.

Shopping.
Je fais quelques cadeaux aux amis.

22h.
Je me rends compte qu’il me reste encore beaucoup de dollars taïwanais,
mais les bureaux de change viennent de fermer.
(oui, ici ils ferment à 22h)
Je garderai tout ça pour la prochaine fois …

22h45,
on embarque.
Comme à l’aller l’avion est plein, il arrive de Manille.
Je suis assis côté hublot, à côté d’un vieil argentin.
Quand l’avion se met en route, les agents sur le tarmac restent là, avec leur casque anti-bruits.
Ils nous disent au revoir.
Il fait trop sombre pour que je prenne une photo.
Dommage.

Ma vue se brouille.

Mon voisin ne tient pas en place et ne parle qu’à l’hôtesse.
À 3h du matin, il décide de lever le hublot pour voir le ciel … et réveille tous les gens autour de lui.
Le genre de vieux bonhomme à qui on n’a pas envie d’excuser sa vieillesse.
Il m’énerve tellement que j’en suis venu à me demander si ça n’était pas un ancien soldat nazi.



Amsterdam Schiphol.
10 degrés,
10 minutes de retard.
Je n’ai qu’une heure de correspondance ..
Ca sent la course.

Je traverse l’aéroport le plus vite possible,
impossible de courir si tôt le matin, avec mon sac à dos, le sac des boîtes de thé et les cadeaux de duty free.


Contrôle passeport,
cela vite,
je suis en correspondance, ils sont bien moins regardants.
Rayons X,
l’agent est sympathique,
il discute avec tout le monde, un peu comme s’il voyageait à travers nous.


J’arrive à temps pour le vol vers Paris.
L’embarquement prend un peu de retard.
J’ai le temps de changer ma carte SIM,
me revoilà avec un Iphone européen.

Je vais vite sur le net.
À Taïwan, il est déjà 13h.
Les « petits » m’ont laissé des messages.
Hsiao-Yi écrit «  ohohoh~~~I miss you so much~~~Safe home!! »
Yi De « Thank you for the letter ^ ^ .. bye bye~~~ we will miss u »
Jia Liang « I will wait you for summer », ça sent le traducteur Google …
Toutes ces petites attentions me donnent encore les larmes aux yeux
même les simples « goodbye teacher ! »

Dieu que les gens sont gris ici,
comme le temps …


En route pour Roissy,
45 minutes ça va vite.
Et c’est quand même bien plus beau vu d’en haut.


On a quand même le temps de découvrir le nouveau petit déjeuner.


J’écris dans mon carnet les souvenirs de la veille.


Roissy.

Quand je sors de l’avion, au moment de prendre la passerelle,
un policier dit en me regardant « Ah ben là … beaucoup moins ! »
Ces collègues rigolent.
Je m’arrête et je retourne.
Ils s’arrêtent de rire.

Welcome home.

Heureusement que je sais qu’ici, mes amis attendent.

Petite angoisse au moment de récupérer les bagages.
Mon sac est là.
Ouf.
Ce soir je dors dans un hôtel près de la gare Montparnasse.
Je serai à côté demain pour prendre le TGV pour le concours de Biarritz.
Je vais prendre le bus,
c’est peut-être plus long qu’en RER mais je n’ai pas du tout envie de changer à la gare du Nord, ou pire, à Châtelet …
Je m’installe dans le bus.
Des français râlent.
Le prix du ticket est trop cher,
ils ont attendu trop longtemps,
le voyage est trop long.

Un peu plus loin,
un couple asiatique regarde par la fenêtre,
silencieux.

Je souris.



Me voilà arrivé à la gare,
je ne sais pas combien de temps a duré le voyage.
J’ai partagé avec ma communauté Facebook l’épisode du policier.
Les réactions sont diverses,
jusqu’à des gens qui me demandent si je ne suis pas un peu paranoïaque.
Et aussi, cette comparaison avec un voyage à Marrakech d’un autre contact, où les policiers n’ont pas été courtois avec lui …
Heureusement il y a ceux aussi qui compatissent …

Je vais déjeuner avec Sylvain.
Je le vois arriver de loin avec son grand sourire.
Ca fait du bien.

Voilà, c’est fini …
Pour cette fois.


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