Création de Claude Aymon pour la Wei Dance Company et sa propre compagnie, c2a,

c'est une pièce qui s'articule autour de deux duos mixtes mêlant deux danseurs des deux compagnies :

Une danseuse taïwanaise et un danseur français.

Un danseur taïwanais et une danseuse française.


Elle est inspirée de la Saint-Valentin chinoise,

qui est célébrée le septième jour du septième mois du calendrier lunaire chinois.


Selon la tradition, un jeune bouvier et une fée ont été séparés alors qu'éperdument amoureux.

La pluie est faite de leurs pleurs de ne pas pouvoir vivre ensemble.


Ils ne sont autorisés à se revoir qu'à la Saint-Valentin,

la septième nuit du septième mois.


La pièce s'est créée a à la fois en France et à Taïwan, avec une première taïwanaise en août 2014 et une première française en février 2015.

mercredi 11 juin 2014

29/04/14 le départ


Refaire ses affaires,
toutes ces dernières fois,
dire au revoir à tous,



Il est 7h.
C’est le dernier jour.
On y est.
Et c’est drôle, j’ai pour l’instant la sensation que c’est un jour comme les autres.
Pour l’instant …

Rituels du matin ..
Une dernière fois ..
Après être passé sur le net, je vérifie une nouvelle fois que ma photothèque fonctionne suite au coup de chaud d’hier.

J’ai repoussé l’échéance mais là,
il faut que je me lance dans l’opération « bagages »
Il y a cette angoisse de ne pas faire rentrer au retour, tout ce qu’on a réussi à faire entrer à l’aller …
Plus la boîte de gâteaux à l’ananas, les trois boîtes de thé, les savons …

Et cette étape,
lourde de sens,
où tu vas remettre ..
un pantalon assez épais pour supporter Amsterdam et Paris au petit matin.

Il est 10h30 quand mes sacs sont prêts.


Je reçois un message de Cheng Wei : « I’ll be there at 12 »
Je souris.
Je suis content de le revoir une dernière fois
même si j’aurais aimé quitter cette chambre seul,
comme à Tsoying il y a deux ans, ou à Taipei l’année dernière,
histoire de pouvoir laisser aller mes émotions.

Vu que j’ai une heure et demi devant moi, je m’installe sur le balcon et je consigne dans mon carnet les impressions de la veille.

11h15,
je prends ma dernière douche et je range la trousse de toilette.
Il me reste encore un peu de temps pour écrire mais je fais une dernière vérification :
passeport,
téléphone,
carte d’embarquement,
ma carte de métro …
disparue

Me voilà obligé de redéfaire tous mes sacs pour la chercher.
Rien à faire,
j’ai dû la perdre hier dans le bus.
Je me souviens que j’avais plein de choses :
le sac de bouffe, le thé, mon sac à dos, l’Iphone
et puis surtout .. j’avais l’esprit ailleurs …

C’est la même carte depuis 2011,
petit pincement au coeur,
on s’attache aux objets parfois ..

Cheng Wei arrive.
On vérifie encore.
Tant pis.

À 12h15, on sonne à la porte.
C’est la dame qui a nettoyé la chambre mardi dernier (cf.).
c’est à elle qu’on rend les clés,
elle me rend la caution,
on regarde une dernière fois si je n’ai rien oublié …

Le dernier claquement de la porte.
La dernière descente dans l’ascenseur …

Comme son collègue la veille, le gardien me dit au revoir avec un large sourire.
Cheng Wei met mon sac kaki devant le scooter entre ses jambes et je garde mon gros sac noir sur les épaules.
Nous sommes bien chargés,
le scooter chavire presque quand on démarre.

Wu Fu 2nd road, une dernière fois.

Je dis au revoir à Cheng Wei à Central Park et le remercie encore une fois pour tout ce qu’il a fait pendant ce séjour.
« you welcome, anytime »
Il a mis la barre haute.
Il va falloir que j’assure quand ils seront en France.

Je m’enfonce les larmes aux yeux dans la station de métro,
ça n’est plus un jour comme les autres,
plus du tout.

Formosa boulevard où j’allais à la mer,
Kaohsiung main station où j’ai acheté l’adaptateur.
Houyi où était le premier hôtel
Aozhidi d’où j’allais répéter chez miss Lin,
Kaohsiung Arena où je suis allé rechargé mon téléphone,
Ecological district,
Tsoying.

Je traverse la station avec derrière moi, cette valise qui roule.
Je prends un sandwich et un jus de fruit,
comme d’habitude,
il n’a pas du tout le même goût.

Pendant que je bois un thé froid, je laisse un message à Su Ling,
elle m’avait demandé de l’appeler quand j’étais à la gare pour qu’elle vienne me chercher en voiture
(j’avais tenté de lui expliquer que je pouvais me débrouiller seul mais bon … ceux qui ont suivi mes parcours en Asie savent que c’était peine perdue).
« ok 13h30 exit 5 where there’s Moes burger ! »
Je connais le chemin, c’est là qu’elle avait envoyé une élève me chercher avec un taxi l’an dernier.

Elle arrive à 13h45 !
Noyé dans l’organisation de … tout le reste, elle m’avait oublié.
Je ne suis plus un « guest »,
presque un ami que l’on oublie à la gare parce qu’il y a toutes ces choses officielles à faire.
L’impression d’être un peu de la maison.
J’aime bien.

Tout le monde est là aujourd’hui.
À la salle des profs, je croise la prof de « Chinese opera »,
Tin Wen, l’assistante de Su Ling,
Ya-Ting, dont la chorégraphie sera présentée en France l’été prochain au congrès UNESCO,
Ally, la prof de classique pleine d’humour qui sera aussi du voyage.
Il y a aussi Yi-Fan, mon assistante sur la chorégraphie de la veille « the wind workers »

Ca papote, ça rigole …
Je ris avec elles et je suis bien triste pourtant.

Yi-Fan me demande quand est-ce que je pars
« today at 5
- nooooo !?
- but I come back soon, I’ll be here at the end of July
- you should stay here »
Ya-Ting ajoute :
«  yes, you should ! »
Rester à Taïwan ?

Je leur dis « well … not now ! »
Mais je me dis que vu ce qui se passe en France,
si les voix s’accordent là bas comme ici à me dire que j’ai plus de chances à Taïwan, il faudrait peut-être que j’y pense.
On verra bien.

Tout le monde s’en va,
petit à petit.
Chez soi, à une répétition, à un autre cours.
Su Ling part bosser dans le bureau du fond.
La vie continue et je me retrouve seul dans la grande salle vide.

De temps en temps, un gamin passe dehors et me fait un signe de la main.
Un autre va demander quelque chose à Su Ling et me dit « hi teacher » en souriant.

J’écris la lettre que les petits m’ont demandé pour leur dernier spectacle au cours de mercredi dernier.
Je vais dans le théâtre et la dépose sur les affaires des danseuses.
Pei Long me voit, je lui fais comprendre que c’est pour eux
Elle sourit …

17h.
Je vais prévenir Su Ling.
Elle sort de derrière son bureau, remet ses escarpins et nous partons à la voiture.
On slalome entre les lycéens qui ont fini leurs cours ou qui changent de classe.

Retour à Zuoying, gare TGV,
par la fameuse « exit 5, Moes burger »,
Su Ling me prend dans ses bras.
On est loin de la première fois où on s’est rencontré où elle ne m’avait même pas serré la main …
« See you in July ! In YOUR country »
C’est vrai que la prochaine fois que l’on se verra, ce sera au C.N.D.C. d’Angers pour le forum de l’UNESCO.

Le TGV est toujours aussi confortable.
J’en profite pour résumer cette journée pendant que tout est frais dans mon esprit.

Taoyuan.
Le chemin à l’envers,
c’était il y a déjà presque trois semaines :
la navette de la gare à l’aéroport,
terminal 1,
terminal 2,
voilà, j’y suis.

Je reste un peu dehors.
J’ai encore le temps.
J’ai envie de repenser à tous ces gens,
à leur accueil, à leur vie ici,
à mon travail,
celui que je laisse,
celui qui me reste à faire.

Avant de retourner dans …

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