je suis de retour au théâtre.
Élise, après avoir été saluer Su Ling avec moi, est déjà en train de se préparer.
mais je n’ai pas l’énergie de demander à Cheng Wei de tenter quoique ce soit.
Je n’ai pas envie d’essuyer un énième refus.
On va plutôt se concentrer sur la danse.
Comme la veille, on va sur le plateau une fois que les ados et miss Lin ont déserté l’endroit.
Ce soir, les filles viennent avec nous.
D’abord Wan Zhu.
Elles ont l’air bien plus inquiètes que la veille.
L’ambiance est à la concentration.
On ne se dit pas grand chose mais petit à petit,
on se retrouve à faire un filage sans musique.
Ça me fait du bien de sentir tout le monde concerné.
On fait aussi une petite photo souvenir sur ce plateau de 30 mètres par 15 devant les 800 places vides.
J’ai un cadeau !
Ally, la prof de classique de Tsoying m’a fait porter un gros pain avec plein de trucs dedans.
Sacrée Ally,
je le goûterai demain.
Cheng Wei passe et tente de me faire rire …
Voilà, on y est.
Je mets mon costume.
Élise finit de se préparer.
Je la laisse, le temps qu’elle mette sa robe.
Un dernier hug ..
Le passage en coulisses pour souhaiter bonne chance aux ados, à Cheng Wei, aux trois danseuses,
et je parcours la trentaine de mètres qui sépare la cour du jardin où Wan Zhu attend, concentrée.
Ce soir, j’ai emmené ma veste comme elle.
Les applaudissements de la pièce d’ouverture,
un hug à Wan Zhu,
la pluie,
la basse,
la première note de piano,
c’est reparti.
Tout est encore si fragile,
nous ne tremblons pas aux mêmes endroits,
les places ne sont pas encore stables
mais nous vivons de bien beaux moments d’émotion,
comme ce que j’ai vu dans le regard de Wan Zhu quand je marche autour d’elle et qu’elle danse au sol avec Élise,
il y a la petite soliste que je croise au début du boléro quand avec Cheng Wei, nous cherchons tous les trois nos places tout en dansant,
il y a bien sûr ce croisement magique quand Élise avance vers Cheng Wei qui est là, face à elle, tout en retenue,
et aussi ce que je sens quand Élise recule en cambrant juste après que je l’ai croisée.
Dans ces moments, on aimerait avoir une caméra à la place des yeux.
Le solo de Cheng Wei était meilleur au filage,
mais il s’en sort bien.
Quant à moi, j’étais meilleur la veille.
Dommage,
j’aurais bien aimé que cette représentation où Su Ling, Ally et tous les autres sont là, soit la plus belle.
Voilà, c’est fini.
Je me rends compte que je n’ai pas vraiment réussi à être « dedans » comme on dit.
Tant pis.
Je félicite les danseuses.
Cheng Wei et Wan Zhu en priorité vu qu’ils enchaînent presque avec l’autre pièce.
Entracte.
Wan Zhu pleure encore après la pièce de Cheng Wei,
mais moins que la veille.
La deuxième partie me paraît interminable.
J’ai ce goût de colère au fond de la gorge.
On tenait une jolie chose
si on nous avait laissé les moyens de la réaliser …
Je vois Cheng Wei et Hsin Yu partir à l’intercom pour surveiller les tops lumière comme s’ils partaient au combat (et ici il y a encore le service militaire !)
Quand ils reviennent ils sont entre le soulagement et le dépit.
Wan Zhu (à qui miss Lin a commandé une chorégraphie en catastrophe avec les petits dont je vous parlais pour remplir la salle) nous raconte que quand elle a hurlé « NOW ! » l’intercom au type des lumières qui tardait ) lancer un effet, il lui a répondu très calmement « it’s on the way … »
30 secondes après, elle avait l’effet … trop tard …
En regardant les photos, j’ai découvert une chose :
voici le même moment de ma chorégraphie, hier et aujourd’hui.
Il y a tellement de bons créateurs lumière ici !
Quel dommage …
Nous voici arrivés au final.
Je me plante encore,
comme la veille mais pas au même moment.
De toute manière, je suis - forcément - encore moins motivé.
Je pousse un hurlement à mi chemin de tout.
Soulagement, énervement, tristesse, libération …
Les jeunes font de même,
probablement pour d’autres raisons (quoique …)
Miss Lin fait une photo avec sa tablette.
Elle a l’air contente, c’est déjà ça …
on rend les badges d’accès,
et nous voilà dehors comme la veille à faire des selfies avec les ados.
Wan Zhu rentre se changer chez elle.
Elle nous fera signe dès qu’elle est prête et on se retrouvera devant le 85 building.
Nous allons au bar au 75e étage !
La vue y est panoramique.
Un cadeau pour Élise.
Demain soir, il y a un dîner organisé par miss Lin, où elle nous donnera nos salaires.
Et lundi, c’est le retour en Europe.
Ce sera sa dernière soirée entre nous ici.
Je reçois quelques messages,
des choses bien agréables
comme Ally qui, ne parlant pas anglais, m’envoie un coeur.
Et puis le petit Jia Liang auquel je réponds que je ne me suis pas trouvé fantastique après qu’il m’ait félicité.
Il me dit : « in my heart, you were good »
Passage à l’hôtel.
Le temps de se changer et le message de Wan Zhu arrive.
Nous partons.
Perdu dans mes idées, je me trompe de sens dans le métro.
Nous devons aller vers le sud et je réalise quand on annonce Kaohsiung Main Station que je m’étais mis sur pilote automatique comme si j’allais à Tsoying ou en répétition, donc vers le nord.
Nous arrivons au 85 building plus tard que prévu mais Wan Zhu n’est pas arrivée.
Cheng Wei est dehors, il fume une clope en nous attendant.
Wan Zhu et Jim arrivent,
nous prenons l’ascenseur.
Il y a peu de monde.
C’est mieux comme ça.
Un couple qui s’égosille autour d’un piano, a la bonne idée de s’arrêter avant que nous ayons fini nos cocktails,
on finit la soirée tranquille, au calme.
Cheng Wei me dit ce que sa belle famille a pensé.
Jim me fait part de ses ressentis sur la pièce,
on élargit le débat sur l’art contemporain,
l’aspect narratif du spectacle vivant,
Les critiques tournent autour du sens.
Avec la construction bancale, c’est bien légitime …
Mais ce qu’ils ont ressenti sur le fond me plaît.
Il faudra que je fasse attention pour la version française.
Wan Zhu et Jim habitent juste à côté,
Cheng Wei me ramène, comme d’habitude …
Wan Zhu rentre à pied et
Jim prend Élise sur sa moto.
Sa première traversée de la ville à l’arrière d’un deux roues taïwanais.
On se dit à demain.
Nos amis ont prévu une excursion quelque art dans le sud je crois.
Après toutes ces émotions, un peu de tourisme nous fera le plus grand bien.
Me voilà dans ma chambre,
l'aventure taïwanaise s'achève.
La Septième Lune s'en va ...












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