Drôle d'ambiance, drôle de photo,
Je me demande si nous n’aurions pas plus vite fait en métro,
Cheng Wei me dit que non.
Il nous lâche à Kaohsiung Arena.
L’endroit où on dîne est dans le centre commercial.
Nous montons aussi vite que possible avec Wan Zhu et Elise.
Quand nous arrivons à la table, l’accueil est glacial.
Comme si nous avions fait exprès d’être en retard …
Nous nous installons en bout de table,
avec le sourire,
en espérant que ce soit contagieux …
Hsin Yu m’explique comment fonctionne le lieu :
c’est une immense cafétéria de luxe avec une dizaine de buffets différents.
Viandes, poissons crus, poissons cuits, desserts, riz, pâtes, soupes.
Il y en a partout et pour tous les goûts.
Nous partons remplir nos assiettes.
Une fois les premiers plats engloutis, l’ambiance se détend un peu
mais on voit bien que miss Lin n’adresse plus du tout la parole, ni à Wan Zhu, ni à Cheng Wei qui est arrivé entre temps.
Elle nous distribue nos salaires dans des petites enveloppes dorées,
et prend une photo.
Nous venons donc de poser nos salaires à la main avec un sourire "de circonstance" …
Je pars me servir une bière.
Wan Zhu et Elise me suivent.
Quand je reviens, miss Lin demande à Hsin Yu de traduire ce qu’elle a à me dire.
Les retours sur le spectacle sont très bons.
Il y aurait même eu une compositrice qui a adoré la musique.
Je la remercie sans trop vraiment y croire.
Je me demande juste où elle veut en venir.
Élise revient s’asseoir, je lui explique ce qu’on vient de me dire,
elle sourit et continue sa conversation avec Wan Zhu.
C’est probablement la dernière fois qu’elles auront l’occasion de discuter comme ça avant son départ.
Miss Lin me demande ce que j’ai pensé du boulot de mes collègues et des petites chorégraphies supplémentaires qu’elle a faites.
J’essaie de cacher ma gêne et je demande à Élise de l’aide.
Elle me lance sur une piste de compliments assez neutres.
Ouf.
C’est un bon point de départ.
Je parle de l’investissement de tous, du dynamisme.
J’ai plein d’autres choses à dire mais je sens bien que c’est sans intérêt.
C’est juste une échange de compliments par rapport à ce qu’elle vient de me dire.
Et là, on en vient aux questions :
« Est-ce que tu aurais des conseils à donner à tes collègues ? »
je cherche une manière diplomatique de dire que pour moi, tout (ou presque) allait bien trop vite, que les danseurs ne maîtrisaient que rarement ce qu’ils faisaient et qu’on avait même frôlé parfois l’accident.
Je bredouille une phrase qui en substance dit de faire attention à ne pas aller plus loin que la capacité des jeunes et que ça serait bien qu’ils prennent le temps de respirer.
« C’est qu’ils n’ont pas l’habitude de faire de la danse moderne »
C’est étonnant de voir qu’elle ne s’est pas du tout sentie impliquée.
Ce sont donc les autres enseignants qui ont des choses à revoir …
Deuxième question :
« Je voudrais présenter le groupe des 10-13 ans que tu as eu un stage, à un concours, est-ce que je peux utiliser ta chorégraphie ? Je mentionnerai ton nom bien-sûr … »
En fait, pour moi ce qu’on a fait n’est pas vraiment une chorégraphie.
C’est juste une mise en espace de la semaine de travail que j’ai traversée avec eux.
Je lui dis que je ne m’y opposerai pas dans l’absolu.
Miss Lin développe un peu.
En fait, ils étaient 23 mais le groupe qui ferait le concours ne serait composé de 8 danseurs.
Elle veut savoir combien de temps ça me prendrait de remodeler ce qu’on a fait pour 8.
Même si je vois à peu près quelles danseuses qu’elle est susceptible de choisir, je lui dis que j’ai du mal à quantifier (d’autant que je sais que Tsoying va sûrement me rappeler et que j’aimerais aussi ménager ma jambe jusqu’à mon retour en Europe).
On convient de deux après-midis.
Ce qui est étonnant c’est que pour elle la chose la plus importante soit que mon nom soit mentionné.
C’est très gentil de sa part mais j’aurais pour ma part demandé d’abord si cette chorégraphie était présentable en concours
« Est-ce que tu reviendras travailler avec nous l’an prochain ? »
Je sens une sorte de piège.
En temps que chorégraphe, la réponse est simple : plus jamais, c’est certain. Mais je décide de me laisser un espace de négociation :
si jamais Su Ling me rappelle à Tsoying l’an prochain, avoir une semaine de travail en plus ne serait pas du superflu.
Et puis, tant que j’ai travaillé avec les très jeunes, miss Lin n’est pas trop intervenue en studio.
Donc passer une semaine avec des stagiaires comme je l’ai fait au début du mois CF. pourquoi pas …
Je lui fais juste remarquer que cette année c’est le gouvernement français qui m’a payé les billets d’avion et la compagnie qui a pris l’hébergement à sa charge (alors que ça devait être elle au départ).
Il me sera impossible de revenir travailler pour elle s’il n’y a aucune réelle participation à ces frais de sa part.
« Ok ok, donc si je participe au billet d’avion, tu reviendras ?
- si mon planning me le permet oui
- il n’y a pas d’autres raisons qui te feraient refuser ?
(quand je vous dis qu’il y avait un piège …)
- non non !
- alors on reste en contact et on en reparle
- entendu … »
Ce genre de sous-entendu ne me donne vraiment pas envie de travailler avec elle …
Je préfère ne pas trop creuser cette question des « autres raisons qui … » …
Je repars me servir.
Le dîner s’éternise,
les assiettes sont vides et on n’a plus grand-chose à se dire.
J’imaginais plus de conversations avec Élise
Je pensais qu’on lui aurait demandé ce qu’elle avait pensé de son séjour, si elle aurait envie de revenir, qu’est-ce qu’elle allait faire en rentrant en France,
qu’on se serait un peu intéressé à sa vie …
Rien.
La seule chose qu’on m’ait demandé à son sujet, c’est l’heure de son avion.
J’ai envie d’être ailleurs …
De finir cette journée aussi bien qu’elle a commencé …
Finalement, on lève le camp.
Tout le monde dit au revoir à Élise (bien-sûr, aucun contact) et nous nous retrouvons tous les quatre dans ce centre commercial grouillant de monde un dimanche soir.
Alors qu’on se dirige vers un magasin de fringues pour enfants où Élise pourrait trouver un cadeau pour sa fille, on voit Tzu Ping, (la plus petites des adultes qui a dansé avec nous) qui revient vers nous et qui fait vite une photo avec Élise avant de rejoindre miss Lin à l’ascenseur qui descend aux parkings en sous-sol.
Yi Hsun, une autre des danseuses, fera pareil un peu plus tard.
Elles n’auront pas eu le temps de discuter, de tenter de se connaître un peu …
Une rencontre bâclée, un peu ratée.
Tout ça me rend de très mauvaise humeur.
Ça n’est pas du tout comme ça que j’aimerais être ce dernier soir pour Élise mais j’ai du mal à cacher mon état.
Je laisse les trois acolytes faire un peu de shopping,
Cheng Wei achète des bonbons.
Puis, nous reprenons la route de l’hôtel.
J’aurais bien invité tout le monde à passer encore une heure,
une dernière heure,
dans une des chambres mais Cheng Wei est en voiture et il ne peut pas laisser comme ça devant l’hôtel.
Il est temps de se dire au revoir.
On rit en repensant à ces quinze jours,
à ce qui a eu de bien,
à la scène,
à cette journée au soleil.
Tout le monde tente de retenir ses larmes.
mais ça déborde un peu …
Je suis triste de la voir comme ça.
Mais en même temps, je suis content parce que ce séjour est un beau souvenir pour elle.
Taïwan, et surtout ses habitants, ont fait sur son coeur, le même effet que sur le mien.







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