Je suis dans le coltard total.
Après avoir pris un temps certain pour m’extirper du lit,
je tente d’aller voir le ciel,
rien de bien folichon.
Ou alors c’est mon moral …
Je vais sur le net discuter vaguement avec des amis en France et je me rendors.
7h,
deuxième essai …
Je me lève pour de bon.
Je mange peu,
pas très faim.
C’est sûrement les grignotages d’hier minuit que je digère encore.
J’hésite à m’attaquer au film.
Je me demande si ça vaut la peine.
En même temps, j’aimerais bien montrer le mieux de ce que je peux faire ce soir :
pour la première fois ici, j’ai des gens que je connais dans la salle.
Je me lance.
Je recherche dans les quatre étés passés ici, mais aussi avril et puis « l’hiver » dernier d’autres éléments qui m’inspirent?
Je choisis des nuages pour le solo de Cheng Wei,
des plantes (notamment des lotus) pour les adolescentes,
Je monte.
Quelque chose est possible.
Je commence presque à y croire.
En espérant que rien ne bloque au théâtre.
J’y passe la matinée.
Il est 13h15 quand je commence l’export (pour les néophytes l’export c’est la fabrication du film définitif pour qu’il puisse être diffusé sous forme de DVD ou dans un format que tous les ordinateurs connaissent), je suis sensé partir dans un quart d’heure.
Pas sûr d’avoir le temps mais je tente le coup.
On verra bien.
Élise arrive.
Elle sent que je suis préoccupé par tout ça et décide d’aller boir un verre dans un bar sur le rond point.
Adorable.
Je boucle mes affaires et je laisse l’ordinateur allumé dans mon sac ..
On verra bien.
13h40,
je suis en bas,
Elise quitte sa terrasse.
Je lui demande comment elle s’est débrouillée.
Elle a réussi à trouver quelqu’un qui lui explique la carte du bar …
Ça marche donc ici aussi : cette fille est redoutable.
On arrive à 14h15 au théâtre.
Aujourd’hui, on sait le chemin et on a des badges pour arriver directement aux loges.
Les répétitions vont déjà bon train et Cheng Wei nous annonce un filage pour 15h.
On a du retard, comme hier.
Bizarre, ça aurait dû être plus tranquille aujourd’hui.
Je lui demande qui répète et j’ai l’explication de ce qu’est devenu ce spectacle :
miss Lin, qui a eu peur qu’il n’y ait pas assez de monde, a monté d’autres chorégraphies avec d’autres enfants en dehors du groupe d’ados qui participe aux trois créations de Cheng Wei, Hsin Yu et moi pour que les parents remplissent la salle.
Certaines chorégraphies ne sont jouées que ce soir d’où « les répétitions prises d’espace » CF qui se déroulent, là maintenant.
Et il y a en plus, des chorégraphies dansées hier qui ont droit à des répétitions supplémentaires …
Je demande à Cheng Wei si on peut envisager avoir le même traitement ..
Il va demander …
Réponse négative.
J’ouvre l’ordinateur et laisse l’export vidéo se faire.
Avec un peu de chance, il sera prêt après le filage et on pourra tester.
Je suis dans ma loge.
Il est 15h mais il y a encore un groupe qui répète.
Je descends installer mon appareil photo pour filmer le filage
et je repars en loge m’habiller mollement.
Je pars vers les toilettes.
Alors que je passe près des coulisses à jardin, une des ados de ma chorégraphie m’appelle :
« - teacher ! teacher ! it’s now !
- now what ? »
Là, j’entends la basse.
C’est la musique de la Septième Nuit.
Ils ont commencé le filage sans nous prévenir.
À l’écran, je n’ai pas reconnu la chorégraphie d’ouverture (et pour cause ça n’est pas la même !) et personne n’a jugé bon de nous dire que ça avait commencé.
Je cours avertir Élise.
Elle a forcément raté son entrée.
Cheng Wei part à l’intercom prévenir que l’on est pas prêts.
Personne ne répond …
Comme la veille, on rate le début.
Impossible de me concentrer,
d’autant que la musique est toujours aussi peu audible.
J’essaie de cacher ma colère mais je n’y arrive pas.
Je fais tout le quatuor en râlant.
Des galères j’en ai connues,
mais aussi peu de considération,
en 30 ans de métier,
jamais.
La pièce se déroule tant bien que mal,
je n’arrive à vraiment regarder qu’au solo de Cheng Wei qui est particulièrement beau.
C’est déjà ça, mais ça ne me calme pas.
Je pars dehors me calmer.
Je suis à la fois en colère et bien triste.
En résumé,
depuis le projet initial,
j’ai dû :
passer d’un quatuor à une pièce pour 20 personnes,
accepter des costumes dont les couleurs ne plaisent ni à moi, ni aux interprètes (les fameuses robes aux couleurs « pastel »),
gérer un changement de casting chez les adultes (Wan Zhu ayant été remplacée puis réintégrée faute de remplaçantes)
et chez les ados (puisqu’une des filles qui devait danser sa petite création personnelle seule a purement et simplement été remplacée).
J’ai dû aussi :
modifier la structure de la pièce (pour l’histoire du changement de costume)
faire confiance à un créateur lumière qui visiblement n’en est pas un,
accepter de gigoter dans un final ni fait ni à faire,
et donc,
être traité avec si peu de considération que non seulement, on ne daigne même pas nous prévenir quand le filage commence mais qu’en plus personne ne s’inquiète en régie quand personne ne rentre sur le plateau (et pour cause, visiblement, il n’y avait plus grand monde en régie).
Si c’était la première fois que je dansais à Taïwan,
ça aurait sûrement été la dernière.
Heureusement qu’il y a eu Tsoying, Lingya, Dancecology et tous ces gens serviables et généreux que je croise tous les jours ici.
Pendant la deuxième partie, Hsin Yu vient s’excuser.
Ça n’est pas à lui de le faire,
il me semble qu’il y a une organisatrice,
elle nous a assez dit que c’était la Directrice pour qu’elle soit aussi responsable de ça.
Pour l’instant, elle est invisible.
Après le filage, on fait une balance son …
Enfin !
Pour l’ingé son, il n’y a pas de problème.
Je leur dis de vérifier les retours plateaux (les enceintes sur scène)
C’est quand même bizarre qu’on entende si peu.
On me dit que ce sera fait après.
Grâce à Cheng Wei, j’arrive quand même à négocier que le début soit plus fort.
Je lui demande de me faire écouter là maintenant tout de suite ce que ça va donner
(sachant qu’avec le public le son sera moins fort).
Élise essaie le début.
C’est moins pire qu’hier mais c’est loin d’être ce qu’il faut.
On va faire avec.
Vers 18h, on sort.
Su Ling est en train de dîner dehors.
Elle m’avait envoyé un message nous proposant de sortir après le spectacle si rien n’était prévu.
C’est quand même fou que, elle, directrice d’un département danse qui n’a rien à voir avec ce projet et qui ne vient donc qu’en spectatrice, ait pensé à une fête après spectacle alors que visiblement rien n’est prévu par miss Lin pour ce soir.
On lui raconte un peu nos dernières péripéties.
Elle n’en croit pas ses oreilles.
Elle nous force à grignoter quelque chose …
Taïwan et la bouffe,
toujours…
18h30, nous retournons au théâtre.





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