Je discute un peu avec les français noctambules et aussi avec Wan Zhu qui est aussi matinale que moi ce matin.
Ils se sont arrangés avec Cheng Wei pour samedi prochain.
Elle assistera au début de la répét' et il prendra le relais.
Les ados auront leurs traducteurs.
Je regarde par la fenêtre, comme tous les matins,
Je parle du ciel avec Wan Zhu.
Il y a un arc-en-ciel de son côté.
son appart' est tourné vers l'ouest, moi je suis vers l'est.
C'est marrant de commenter les mêmes choses par balcons interposés.
La ville était calme il y a encore dix minutes,
maintenant les rumeurs automobiles arrivent des banlieues.
ça la rend bien triste.
Je lui dis qu'il faut prendre cet arc-en-ciel comme un bon présage.
Les choses iront mieux maintenant.
Vu que Wan Zhu quitte l'école à la fin du mois, ça nous amène forcément à parler du filage d'hier.
Elle aime beaucoup ce qu'elle danse …
Malgré l'ambiance.
C'est ça qu'il a empêché de dormir.
Wan Zhu est très sensible, comme moi.
Elle me raconte que ses parents ont toujours été inquiets pour elle à cause de ça.
Je lui dis qu'il faut en faire une force, surtout quand on est des artistes.
Ça me rappelle que dans une compagnie où j'ai bossé on m'avait reproché cette sensibilité.
Le ciel vire au gris, on dirait la Bretagne … avec 20 degrés en plus.
Je n'ai pas très faim.
Probablement, le plat de pâtes très copieux d'hier soir.
Ils savent bien cuisiner les pâtes ici.
France Inter est dans le casque,
je joue en me disant que je ferai mieux de consigner dans mon carnet toutes mes impressions de la veille.
En même temps, elles sont assez fortes pour que je m'en souvienne.
Et puis j'ai envie d'être fainéant ce matin.
mais il ne faut trop que je traîne :
je passe la journée à Tsoying aujourd'hui.
Départ à 9h30 dernier carat.
Sous la douche, mon corps me rappelle que j'ai dansé hier.
L'adducteur malade et toujours cette douleur au pubis, je ne sais pas quand et comment je vais pouvoir m'occuper de ça.
Je pars trop tôt (si si ! et ceux qui me connaissent savent à quel point cette phrase paraît inconcevable à mon organisme),
ça me permet d'acheter du thé pour les cours et aussi de commencer à écrire des notes sur la veille.
Zuoying,
le bus 51,
un chauffeur accueillant,
qui est fier de son métier, qui dit bonjour et au revoir à chaque passager - qui d'ailleurs le remercie -
(il ajoute même un signe de la main quand je traverse la rue devant lui),
le gardien de la grande porte du lycée qui m'accueille avec son habituel large sourire et son salut amical,
je traverse les cours du lycée en me disant que décidément,
j'aime bien ces gens.
Dans la salle des profs, il y a Hsin Yu et une bénévole.
C'est une ancienne prof retraitée qui donne de son temps pour l'organisation du département.
Su Ling arrive,
"Good morning !"
Elle me redemande le planning des répétitions.
Elle m'avait prévu pour toute la semaine et elle a un souci pour demain après-midi.
"Can't you postpone the rehearsal ?"
Hsin Yu lève la tête, nos regards se croisent …
Impossible de décaler quoi que ce soit dans le planning de miss Lin.
D'une part, parce que … ben c'est comme ça et pas autrement.
Et aussi parce qu'elle n'aime pas trop ce lycée et aime encore moins le fait que j'y vienne.
Je l'avais pourtant prévu dès le début :
c'est grâce à eux que j'ai découvert ce pays et que j'y ai travaillé ces trois dernières années.
Je mets un point d'honneur à partager avec eux cette première création à Kaohsiung.
(d'autant qu'elle sera bien contente quand ils seront dans la salle le week-end prochain)
Su Ling me demande si Elise pourrait faire quelque chose,
je lui explique qu'elle arrive par le vol du soir qu'elle connaît bien (c'est celui que je prends quand je passe par Hong Kong).
"Ok I'll look for someone else"
Je suis désolé de ne pas pouvoir la dépanner.
Nous continuons à parler français avec Hsin-Yu.
Il me demande s'il peut prendre le cours mais se perd dans les formes interrogatives … et un peu dans les conjugaisons aussi.
C'est franchement compliqué le français vu d'ici.
Au moment de partir en cours, Su Ling me dit que je travaille dans le théâtre.
J'aime bien cette salle.
Elle ajoute "but today you have to finish on time, because lunch is served at 12"
Elle commence à bien me connaître, je vais devoir m'arrêter à midi pile …
Enfin, je vais essayer …
Au cours, il y a Pae Long, fraîchement diplômée, qui n'a pas pu venir à Paris.
Ça fait plaisir de voir ses jeunes revenir spontanément prendre mes cours.
On rit.
Comme je vous l'avais dit vendredi (cf.), j'avais été agréablement surpris par leur engagement.
Je ne suis pas déçu aujourd'hui non plus.
Ils sont encore maladroits, ce que je leur demande est nouveau pour eux, mais ils y mettent tellement de coeur, et puis depuis le dernier cours on a déjà avancé un peu.
À midi, je partage mon repas avec les gamins.
Su Ling raconte (encore une fois) son périple en France avec toujours cette petite pointe pour me rappeler qu'à Angers je n'étais pas au rendez vous (j'étais bloqué dans les embouteillages sous une pluie battante).
Je lui rappelle quand même que c'était parce que j'avais pris ma voiture et qu'elle avait été bien utile toute la semaine pour faire les aller retours entre le théâtre, l'université et la cité universitaire, et aussi pour faire les courses.
L'après midi, je retrouve les anciens niveau 2, fraîchement rebaptisés niveau 3.
Le cours est à 13h30.
Ce cours-ci, c'est Pei Chi qui m'a fait la surprise de revenir.
Mais j'entends ça tellement souvent dans l'année de gens que je ne revois jamais que je n'y avais pas vraiment cru.
Ça fait plaisir,
j'ai toujours eu beaucoup d'affection pour elle.
C'est ce genre de fille qui n'a l'air de rien mais se transcende dès qu'elle se met à danser
Je reprends des corrections des dernières sessions de travail, de décembre, d'avril …
On prend un peu de temps pour parler un peu.
Je leur dis qu'il ne faut pas qu'ils perdent de temps, ce sont eux qui sont sensé être les plus forts maintenant.
En disant ça, je me souviens avoir tenu le même discours avec la promotion précédente (celle de Pei Chi et de Pae Long) et qu'ils avaient enclenché le turbo dans la foulée.
Espérons que ça fasse son chemin chez ceux là aussi.
Il est presque 16h quand je retourne dans la salle des profs.
Quand j'arrive Ting Wen éclate de rire.
Je fais semblant de m'en offusquer.
En fait, elle parlait de Paris avec les autres profs et faisait remarquer que Ally était revenu plus bronzée et comme j'ai débarqué à ce moment là avec mon tee-shirt noir forcément …
Je vais au bureau avec Su Ling.
Elle rédige son rapport sur le Congrès d'Angers et il y a des gens sur les photos dont elle ne retrouve pas la fonction.
En faisant quelques recherches sur Internet on retrouve tout le monde: quelqu'un de la mairie d'Angers, Robert Swinston le chorégraphe de la compagnie et son adjointe.
À 16h30, quand je quitte l'école, les cours et la rue sont remplis de lycéens.
Je laisse passer deux bus beaucoup trop pleins même pour un trajet de 5 mn.
Ce matin, en regardant le ciel je m'étais dit que j'irais peut-être à la mer après les cours, mais je suis bien trop fatigué.
Je préfère rentrer.
Et puis, il faut que je contacte Cheng Wei par rapport à Élise.
Il voulait tenter de trouver un logement moins cher.
En passant par le net, j'ai un message de mon kiné.
Il préconise de la glace et du repos …
Ce sera .. de la glace …
Je me sers des canettes de bière froides du frigo.
Cheng Wei me laisse un message : il n'a rien trouvé de moins cher que l'hôtel.
Il faut dire que Su Ling avait négocié un pris assez bas ici.
On décide d'installer Élise à l'hôtel.
C'est le plus pratique.
De toute façon, la subvention ne pourra pas couvrir ces frais.
Je verrai bien comment je m'en sors pour les sous quand je rentre …
Je lui demande d'appeler l'hôtel pour moi car si vous vous souvenez (sinon regardez ici) ils ne parlent pas bien anglais.
Un quart d'heure après, on tape à la porte de la chambre.
C'était Cheng Wei.
Je l'engueule.
"Je t'avais juste demandé de téléphoner, pas de venir !
- oui mais je passais par là alors je me suis dit que …
- tsss, tu passais par là ?"
Il sourit.
Il est vraiment trop gentil.
On va au Seven Eleven ensemble, je lui paye une canette de cidre (ce qui est déjà assez alcoolisé pour Cheng Wei) et je m'achète un plat pour le soir.
L'occasion pour moi de vous parler de ce petit ustensile bien pratique.
Plus pratique et plus écologique qu'un sac plastique ...
C'est ma dernière soirée seul avant le spectacle.
Je me demande comment Élise va vivre ce séjour.
À cette heure-ci, si tout va bien, elle est à Amsterdam.









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