Création de Claude Aymon pour la Wei Dance Company et sa propre compagnie, c2a,

c'est une pièce qui s'articule autour de deux duos mixtes mêlant deux danseurs des deux compagnies :

Une danseuse taïwanaise et un danseur français.

Un danseur taïwanais et une danseuse française.


Elle est inspirée de la Saint-Valentin chinoise,

qui est célébrée le septième jour du septième mois du calendrier lunaire chinois.


Selon la tradition, un jeune bouvier et une fée ont été séparés alors qu'éperdument amoureux.

La pluie est faite de leurs pleurs de ne pas pouvoir vivre ensemble.


Ils ne sont autorisés à se revoir qu'à la Saint-Valentin,

la septième nuit du septième mois.


La pièce s'est créée a à la fois en France et à Taïwan, avec une première taïwanaise en août 2014 et une première française en février 2015.

mercredi 6 août 2014

27/07/14 - La Septième nuit, on regroupe "presque" tout le monde


13 ados, 5 adultes, un chorégraphe,
il manque la danseuse française ...
Soirée surprise



Levé aux heures habituelles, je regarde le ciel plutôt gris.
J'écoute la radio puis regarde sur le net quelles sont les nouvelles du monde …
De la violence partout, des guerres, des enfants, des forums plein d'insultes.
Je tente de trouver une ou deux petites choses douces et légères pour apporter ma petite contribution à une bonne journée.

Aujourd'hui, tout le groupe est là.
Les treize ados, les cinq adultes.
Bien que tout se soit bien passé dans les deux répétitions séparées
et que tout ce que j'avais imaginé et construit virtuellement ait l'air de fonctionner,
j'ai quand même une certaine appréhension.
Comment la mayonnaise va t-elle prendre ?
Est-ce que le résultat va me plaire ?
Est-ce qu'on aura le temps de tout faire sur le boléro ?

Après avoir retouché quelques photos, je prépare mon sac et je me mets en route.
Formosa boulevard, la station de métro est pleine d'un marché d'artisans.
Je me fraye un chemin jusqu'aux portillons.
Aozhidi, à la sortie sur la Bo Ai road, il fait toujours aussi gris et la chaleur n'est pas de reste.
C'est toujours bizarre pour moi d'associer nuages et chaleur.
On connaît les chaleurs orageuses dans le sud l'été mais c'est quand même moins courant.
L'idée de l'associer à un temps d'hiver vient automatiquement.

En attaquant Minc Cheng 2nd road, un scooter ralentit à ma hauteur.
C'est Wan Zhu.
Comme les filles le font souvent, elle a mis sa veste devant derrière en enfilant les manches dans le mauvais sens.
Un moyen de se protéger du vent et parfois du soleil.
Elle me propose de m'accompagner mais elle n'a pas de casque.
Je monte à l'arrière en croisant les doigts pour qu'on ne croise pas d'agent sur les 200 mètres qui nous reste à parcourir.

Toujours la même effervescence au studio, je vais dans le vestiaire où Cheng Wei se concentre, seul.
On attend Wan Zhu qui est allé garer son scooter et on attaque.

On fait le premier exercice,
l'exercice au sol,
la salle est clairement coupée en deux : à gauche, les adultes, à droite, les ados qui sont serrées les unes aux autres dans cet espace pas si grand que ça pour dix-huit danseurs.

Je prends mon souffle et lance à la cantonade :
"ok let's see how it works"
La musique du boléro commence.
Cheng Wei porte la jeune danseuse.
Il commence sa marche en carré.
Je le suis dans la même marche.
La jeune fille déroule fièrement son solo (quand je pense à sa timidité d'avril ..), les fleurs font leur danse de leur côté.
Formation du groupe,
première danse,
Cheng Wei seul,
les ados reprennent et s'immobilisent au sol.
Les adultes rentrent.
Cheng Wei et Wan Zhu ont des soucis de place à l'avant.
On s'en doutait, il manque 1,5 m par rapport à la scène du théâtre.
Ça ira mieux là bas.
Les ados reprennent, tout se tuile comme prévu, je suis soulagé.
On arrive jusqu'au bout de ce que l'on a répété séparément sans souci majeur maintenant il ne reste qu'à travailler.
Je fais quelques corrections, et calme les adultes qui sont bien plus dissipés que les ados …
Pour certains d'entre eux, c'est un retour sur scène après des années passées à seulement enseigner …

Je les laisse travailler la dernière partie que nous n'avions pas eu le temps de voir mercredi et je monte avec les ados l'installation de la ligne de chaises.
Elles forment une sorte de chaîne qui traverse en fond de scène où les chaises passent de mains en mains.
C'est un peu maladroit pour l'instant mais l'idée est là, on a encore une ou deux répét' pour peaufiner la chose, ça devrait marcher.
Il ne manque plus qu'Élise finalement.
On fait un dernier filage jusqu'au moment où les adultes sont assis sur les chaises.
Miss Lin arrive pour filmer, je fais mes parties tout en regardant ce qu'il se passe autour.
C'est déjà l'heure, les trois heures sont passées si vite.
Et je n'ai même pas eu le temps de filmer.
Dommage.
Miss Lin nous rappelle que si on veut, on peut revenir travailler le soir entre 21h et 22h.
Ça serait super pour monter la nouvelle version des chaises, et aussi pour bosser le solo de Cheng Wei car je sens qu'il ne l'a pas redansé depuis avril …
Je demande aux adultes quand c'est possible pour eux, la réponse est un peu floue.
Je ne veux pas non plus trop leur demander.
Je décide de mardi et puis aussi jeudi.
Là, Cheng Wei et Wan Zhu, réagissent "no no no, I'm busy … me too"
Ils me regardent avec insistance.
Je réalise que le jeudi, c'est le 31 juillet, le jour de mon anniversaire …
Miss Lin nous demande si je veux que les ados viennent.
Au vu de la répétition, on a plus de boulot avec les adultes.
J'ai beau répondre par la négative .. et insister,
Cheng Wei me fait comprendre que toute manière ils seront là parce que dans sa tête, elle a déjà décidé …
Je repense à son solo et à ce que je veux faire avec les ados,
(m'en servir comme une sorte de décor en travaillant une partition au sol un peu comme dans le boléro),
ce sera l'occasion de commencer à voir la chose.
J'en discute en anglais avec Cheng Wei.
Avoir un interprète complice c'est parfois avantageux.
On coupe la poire en deux.
Les adultes viendront seuls le mardi et vendredi je bosserai avec Cheng Wei et les ados.
Miss Lin insiste pour que les adultes viennent aussi.
Je sais pourtant que je ne vais pas pouvoir m'occuper de tout le monde.
On décide qu'ils réviseront de leur côté.
Je croise leurs regards,
on se comprend,
ils connaissent encore mieux la patronne que moi,
mais je suis un peu désolé de les faire travailler une heure qui sans moi ne sera pas plus utile que ça.

On se dit donc à mardi.
Devant les scooters, Wan Zhu me demande pourquoi j'ai proposé jeudi.
Je lui dis que j'ai tout bêtement oublié que c'était le jour J et je n'étais pas sûr qu'ils soient disponibles.
"Of course we are !"
Ça fait chaud au coeur.

Cheng Wei me tend mon casque.
Je lui rappelle notre visite chez Arthur en avril, le magasin de vins, spiritueux et tabacs.
Ils avaient dit qu'ils me mettraient des pipes taïwanaises de côté.
"Ok .. shall we go now ?
- nooo, next week when you will have time"
Il est libre le matin,
je lui propose de choisir le matin qu'il voudra mais régulièrement il reparle d'y aller maintenant.

Je me rends compte que concentré sur le boulot et les plannings, j'ai oublié que j'étais en Asie …
déjà avec miss Lin, j'ai insisté alors que ça n'était pas la peine, et là ...
"Ok ! Let's go !"
On traverse la ville en direction de l'est.
On loge la grande voie ferrée désaffectée derrière laquelle se cachent des usines .
La grande avenue, on tourne à gauche.
Nous voilà chez Arthur.




Il y a trois vendeurs qui s'affairent.
Cheng Wei leur explique pourquoi on est là.
Les vendeurs n'étaient pas au courant mais l'un d'entre eux nous dit :
"les pipes taïwanaises ne sont vraiment plus de bonne qualité vous savez"
Je regarde un peu.
Je vois une Vauen magnifique, mais un peu chère pour cette fin de mois.
Je demande si on peut me la mettre de côté.
La pipe disparait du présentoir.
J'achète quand même une petite pipe taïwanaise teinte en rouge.
Elle ne coûte presque rien.
Ça fera un souvenir.
Je dois me battre (comme d'habitude) pour offrir un paquet de tabac à Cheng Wei.

Je fais un tour du côté des vins,
leur cave est impressionnante.



Un des serveurs me demande comment on reconnaît un bon vin.
Je lui dis ce que je pense,
à savoir qu'il y a beaucoup de snobisme autour de la question et qu'un bon vin et un vin qui nous plaît …
Je rajoute juste qu'à priori un vin qui est mis en bouteille au "château", disons sur le lieu où il a récolté est souvent un gage de qualité.

En sortant du magasin, j'ai le malheur de dire "j'ai faim !"
Cheng Wei sort son téléphone, discute un peu, et me tend mon casque.
On repart vers le centre et puis subitement on tourne vers le sud.
Je sais que ça n'est pas la bonne direction.
On se retrouve près du centre culturel où mes chorégraphies avaient été dansées l'hiver dernier.
Il y a plein de restaurants …
Je commence à comprendre.
Il se gare.
"qu'est-ce que tu veux manger ?"
Je retrouve le Cheng Wei des fois précédentes.
Il arbore son grand sourire.
Celui qui dit qu'il sait que je vais râler mais que je n'ai pas le choix, il va m'inviter à dîner (c'est de ma faute, je lui ai offert un paquet de tabac).
Je lui dis de choisir.
Après avoir tenté un restaurant coréen où il y avait une demi heure d'attente, on opte pour des pâtes.

Menu en anglais.
Service impeccable.
Et toujours ces habitudes différentes : pas d'alcool à la carte,
il y a une armoire réfrigérée avec de la bière,
et on sert la boisson commandée (un thé vert pour moi) avant ou après le plat principal.
Je tente quand même de demander au serveur si je peux tout avoir en même temps, je le sens décontenancé.
J'abandonne, ce sera avant pour moi … et après pour Cheng Wei.

Soirée imprévue et bien agréable.
Je le remercie devant l'hôtel.
"any time !"
Sa réponse habituelle.

Il est encore tôt.
J'ai le temps de passer sur Internet voir ce qui se passe,
en espérant que ce soit plus gai que ce matin.

Minuit, extinction des feux.
Comme d'habitude.

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